—C’est vrai que ça me rajeunit, tout ce printemps, songeait-il après le passage de monsieur Forderaire, qui le taquinait sans aigreur à chaque rencontre.

Tant de romances ont fait rimer printemps avec vingt-ans! Inévitablement, le père Trébuc se revoyait tel qu’il était à sa vingtième année.

Sa vingtième année? Comment ne lui en souviendrait-il pas? Le père Trébuc, qui était alors pour tout le monde le gars Ernest, avait fait alors, comme tout le monde, le voyage de Paris. L’exposition Universelle de 1889, le Champ de Mars avec ses magnifiques palais éphémères, la Tour Eiffel dont il avait rapporté chez lui une réduction en plomb argenté qu’il possédait encore, comment pourrait-il oublier que ces merveilles avaient tout à coup dirigé sa vie?

Trois mois auparavant, en effet, un gros chagrin...

—Belle journée, père Trébuc!

—Belle journée.

Mademoiselle Jeanne, la femme de chambre du quatrième à droite, tenait en laisse la Choute de sa maîtresse. Elle s’arrêta, interrompant les souvenirs du père Trébuc, parce que la petite chienne reconnaissait le concierge et lui sautait aux jambes.

—Choute! Veux-tu!

Elle tirait sur la laisse.

—Hé! s’écria le père Trébuc, débonnaire et guilleret. C’est le printemps, Mademoiselle Jeanne.