C’était par un matin de dimanche, en effet, et de dimanche d’avril, que le père Trébuc songeait ainsi. Or rien n’est affligeant, pour une âme en deuil, comme un dimanche parisien: les rues sans encombrements de voitures, les gens qui s’habillent de leurs meilleurs habits, les smalas qui se rendent visite, les ouvrières au bras de leurs amoureux, la joie d’un jour de repos et d’un jour de fête, quoi de plus attristant, par contraste, pour un homme qui a tout perdu,—mais oui, tout,—en perdant sa fille? Les gens passent, vont à leurs joies, car il n’est pas question d’affaires le dimanche, ils regardent autour d’eux, ils respirent le bonheur, et ils ne remarquent pas que leur béatitude insulte à la douleur muette d’un gardien de square qui a perdu sa fille.

Le père Trébuc savait, dès le matin, dès l’instant qu’il brossait sa tunique où pendaient de dérisoires médailles, qu’il aurait une mauvaise journée, que son service serait plus difficile que durant la semaine, parce que les maris accompagnent leur femme au jardin et que les femmes, occupées de leur mari, se soucient moins des enfants, prompts à saccager les massifs de fleurs.

Il prévoyait tout, le père Trébuc, en brossant sa tunique. Il n’avait pourtant pas prévu ce qui devait être son plus vif émoi de la journée.

Tout récemment, il s’était trouvé sot devant le papa de la petite Ginette, une enfant habituée du square où sa mère la conduisait. Mais la mère avait disparu, comme Mousseline. Et le père Trébuc, entendant les confidences navrées du papa, n’avait pu rien répondre au pauvre abandonné qui mendiait un peu de consolation. Le père Trébuc n’avait pu rien répondre. Il ne comprenait pas peut-être: Mousseline n’avait pas encore disparu.

Et voilà que, vers onze heures, le père Trébuc fut appelé de loin par une petite fille qui criait:

—Père Trébuc! Père Trébuc! Bonjour, père Trébuc!

A travers la cohue, le père Trébuc s’empressa. Il se sentait attiré vers la petite Ginette.

Quelle déception l’attendait!

Quand il arriva près du banc qu’un massif lui cachait, il s’arrêta, plus sot que la première fois: le papa de Ginette était là, sur le banc. Assis? Non. Allongé, couché presque, tête nue, le bras droit épousant la taille d’une jeune femme, de sa femme revenue.

—Bonjour, père Trébuc! dit le papa de la petite Ginette sans se déranger.