Évidemment, par un biais naturel, les plaintes qu’ils se communiquaient les ramenaient au chapitre de Mousseline. Eux qui jusqu’alors se gardaient de critiquer les locataires de la maison ou certains voisins, ils en venaient à examiner la conduite de ceux qui les avaient jugés, critiqués, et même réconfortés, car on ne les avait peut-être réconfortés que par hypocrisie, se disaient-ils. La douleur en effet ne rend pas bienveillant.
—Cette Mademoiselle Coupaud, disait le père Trébuc, on la regarde avec respect, maintenant qu’elle vient voir son père en taxi.
—Dame! répondait la mère Trébuc. Elle a de l’argent. Au jour d’aujourd’hui, il n’y a que ça qui compte.
—Dame! répliquait le père Trébuc. Tu peux être tranquille. Ce n’est pas cette fille-là qui aurait épousé un homme sans le sac. Elle sait y faire, celle-là.
Il se taisait, et la mère Trébuc ne répondait rien. Tous deux songeaient en même temps que leur fille, leur Mousseline qu’on avait jugée et condamnée, était du moins partie avec un homme sans le sou. Elle ne rêvait pas d’épouser un homme pour son argent, elle, leur Mousseline. Elle avait eu tort de se donner, elle était coupable certes, mais elle ne s’était pas vendue.
Comme s’il continuait leur conversation, le père Trébuc disait:
—Mademoiselle Coupaud, encore, elle s’est mariée. Le mariage couvre tout, et elle sera peut-être une épouse fidèle.
—Elle? tranchait la mère Trébuc. Qui a bu boira, mon pauvre Ernest, et bon chien chasse de race.
—N’empêche. Ça regarde son mari. Elle est mariée. Mais ce que je voulais dire...
Il baissa la voix.