Ainsi la peur, que la révélation de la sage-femme leur avait causée, harcelait moins vivement les Trébuc. Quant à la honte des premières heures, qu’à force de regarder autour d’eux ils avaient fini par considérer, sinon vaine,—car ils demeuraient encore de leur siècle, comme disait monsieur Forderaire,—mais excessive, elle s’estompait, elle aussi, avec le temps.
Au reste, si l’on excepte madame Loissel, l’ancienne riche du premier étage qui était réduite à terminer sa vie dans une chambre de bonne au sixième, les gens semblaient ne plus se rappeler qu’ils eussent connu aux Trébuc une fille. Un homme moins scrupuleux que le père Trébuc s’en fût réjoui sans arrière-pensée. Lui cependant se demandait si cette indifférence des gens à l’endroit de Mousseline et des soucis du père Trébuc, ne masquait pas du mépris. Il ignorait en effet si la sage-femme n’avait pas jasé, bien qu’il l’eût toujours jusque-là tenue au-dessus de tout soupçon. Mais elle avait l’air tellement sévère, lorsqu’elle déclara, sans aucun égard, au père Trébuc, que la vie humaine est sacrée!
Le père et la mère Trébuc, dans leur détresse, éprouvèrent toutefois, à la fin de mai, un soulagement. En effet, un mardi, à midi, en rentrant de la maison de santé de Grenelle où elle exerçait tous les matins, mademoiselle Baudetrot ouvrit, avec sa brusquerie ordinaire, la porte de la loge et annonça qu’elle déménageait.
—Je vais à Lille, dit-elle, prendre la direction d’une maison d’accouchements. Il faut que j’y sois pour le début de juin.
Elle ajouta:
—Le propriétaire sera content: il pourra augmenter le prix de mon loyer.
—Nous vous regretterons, eut la présence d’esprit de répondre le père Trébuc, tant il était content, lui aussi.
—Dame! fit la mère Trébuc.
Pour la première fois depuis le départ de Mousseline, le père et la mère Trébuc se sentirent moins oppressés.