L’APPARTEMENT de mademoiselle Baudetrot ne demeura pas libre plus de vingt-quatre heures. Le propriétaire n’y fit faire aucune réparation, aucune peinture, aucun nettoyage. A mademoiselle Baudetrot, sage-femme, succéda du jour au lendemain le docteur Aubenaille, et, sur le mur de la maison, à hauteur d’homme, près de la porte, la plaque d’émail bleu de l’une fut remplacée par la plaque de marbre noir de l’autre, qui se déclarait médecin spécialiste.

Grand, maigre, grisonnant, le regard insaisissable, le docteur Aubenaille était célibataire. Il convoqua des peintres, un tapissier, des électriciens, entreprit des travaux sérieux.

—J’installe un cabinet d’opérations, dit-il à la concierge.

On lui apporta des tables étincelantes de nickel, des appareils de forme étrange et dont on ne pouvait pas deviner à quoi il les destinait.

Il parlait peu, mais sans morgue.

—Il n’a rien de Monsieur Chaudroule, dit à son mari la mère Trébuc, qui n’aimait pas le professeur du deuxième, et qui l’aimait moins que jamais depuis que, pour un robinet de sa cuisine, il avait forcé la mère Trébuc à courir chez le gérant, le jour même que Mousseline disparut.

Mais le docteur Aubenaille ne ressemblait pas non plus à mademoiselle Baudetrot. Il n’avait pas de gestes brusques. Il était tout en douceur et courtoisie. En outre, il donnait souvent de menus pourboires à la mère Trébuc. Pendant la période d’installation de son appartement, il eut en effet souvent besoin de petits services, que la concierge lui rendait avec son obligeance habituelle.

—Un médecin, dit le père Trébuc, ça fait mieux qu’une sage-femme. Tu ne trouves pas?

Elle était toujours du même avis que lui.

—Une sage-femme, dit-il encore, je trouve, je ne sais pas pourquoi, que ça fait mauvais genre.