Mais la Choute, tirant sur sa laisse, entraîna Mademoiselle Jeanne. Ainsi le père Trébuc put-il dissimuler son émotion.

Il pensait que midi ne sonnerait jamais. Il avait hâte de porter l’étourdissante nouvelle à sa femme. Mais quand il rentra, pour le déjeuner, elle la connaissait aussi, par monsieur Marsouet, qui l’avait félicitée.

—Je m’offre un pernod, s’écria le père Trébuc.

Le père Trébuc, l’ayant jugé véritable, s’était fabriqué du pernod selon la formule de son camarade. Tous les soirs, après la manille et le vermout-cassis insignifiant, il s’en préparait un, chez lui, dévotement, comme faisaient les amateurs, avant la guerre, dans tous les cafés de France.

Ce jour-là, par exception, le père Trébuc s’en prépara un à midi. Il était trop ému.

L

LES bonnes nouvelles se répandent aussi promptement que les mauvaises. Il ne fallut pas longtemps pour que tout le quartier de l’église Sainte-Marie connût l’heureuse fortune de la petite Mousseline, fille du père Trébuc, gardien du square des Batignolles, et de la mère Trébuc, concierge rue Legendre, près du pont. L’intérêt des gens du quartier s’était porté sur les Trébuc à cause du scandale du docteur Aubenaille. Il s’y fixa, plus précis, à cause du succès prodigieux de la petite Mousseline. Car, naturellement, le succès de Mousseline, grossi de bouche en bouche, devint prodigieux. Naturellement aussi, au dire des gens, il ne surprit personne.

—Une si jolie fille!

—Si régulière!

—Si distinguée!