Il ne l’acceptait pourtant pas sans en discuter. Évidemment, il savait que, depuis la guerre, les filles à marier étaient plus nombreuses que les garçons, et que les garçons, recherchés à leur tour, n’avaient que l’embarras du choix. Objection grave, car il est certain qu’en ces temps de vie chère, les garçons choisissaient les filles qui amènent au ménage autre chose que leur gentillesse.

Alors le père Trébuc hésitait, doutait, se dépitait.

—De mon temps... songeait-il.

Et il soupirait sous l’épaisse verdure des arbres de son square, où il marchait lentement, les mains derrière le dos, la tête droite, le képi bien planté.

De son temps, on s’épousait d’abord par amour. Combien n’avait-il pas eu de camarades qui ne s’étaient souciés que d’amour? Et lui-même, le père Trébuc...

—Laissons! se disait-il. Y a maldonne. Je m’occupe de ma fille.

N’avait-elle pas de quoi plaire à ce Monsieur Daix? Ou désirait-il une femme dans le genre de mademoiselle Lucienne Coupaud, qui devait se marier le 28 avril avec un monsieur qu’on disait fort riche, et qui venait la prendre tous les jours en taxi pour courir les dancinges, où d’ailleurs il l’avait rencontrée?

—Imbécile! pensait le père Trébuc.

Puis, plutôt, il plaignait ce malheureux qui se jetait au-devant de l’infortune. On ne lui avait donc pas dit que monsieur Coupaud, locataire du troisième à droite, représentant de commerce si souvent absent, avait découvert une nuit, en rentrant de Boulogne, un homme mort dans le lit de madame Coupaud, et madame Coupaud et la petite Lucienne, toutes deux en chemise, qui pleuraient d’angoisse au pied du lit? De quoi madame Coupaud, saisie par la fièvre, était morte peu de temps après, bien que ce n’eût pas été la première fois qu’un larron couchât dans le lit conjugal. Et voilà qu’un gendre n’avait pas peur d’être, comme le beau-père, cocu jusqu’à la gauche?

Rien de tel à craindre pour celui qui épouserait Mousseline. Elle ne courait pas les dancinges, elle.