Dès lors, chaque fois qu’elle songeait que sa fille se marierait à son tour, elle se la représentait au bras de monsieur Daix, Madame Daix, habitant au cinquième.

—Oui, mais, se disait-elle, je ne pourrais plus rester concierge dans leur maison.

Or, le mardi, monsieur Daix passait la soirée chez madame Loissel. Et la veille de ce jour-là, comme elle était d’elle-même revenue sur ce mariage possible, madame Loissel avait promis à la mère Trébuc d’essayer de tâter le terrain, pour voir.

Quand, ce matin-là, après le départ de sa fille qu’elle avait hâté, et la chambre remise en ordre comme tous les matins, elle frappa ses deux coups à la porte de madame Loissel, la mère Trébuc éprouva que son cœur battait violemment.

V

LA mère Trébuc n’avait pas dit à son mari que madame Loissel se proposait de sonder monsieur Daix. Elle voulait réserver la surprise, au cas de réussite. Mais le père Trébuc n’ignorait pas que madame Loissel, qui avait eu tant de beau monde autour d’elle, leur faisait l’honneur de juger que monsieur Daix, jeune homme plein de distinction, pouvait épouser leur Mousseline, fille de concierges. Et le père Trébuc, flatté, se serait mis en quatre pour madame Loissel, par gratitude.

Flatté, le père Trébuc? Il était donc orgueilleux? Peut-être, mais plutôt satisfait, satisfait comme un homme qui a travaillé consciencieusement et dont on reconnaît à la fin les efforts. Son père à lui n’était qu’un simple pêcheur de Portrieux, mort en sabots dans son trou de Bretagne. Mais lui, fils de pêcheur était devenu, après maints voyages aux colonies, un fonctionnaire de la capitale. Et sa fille à lui, sa Mousseline, dactylographe chargée de la correspondance chez un gros marchand de tissus de la rue Gaillon, qui ne l’eût prise pour une demoiselle de Paris, comme les autres? Elle gagnait de bons mois; elle était sérieuse et gentille; elle portait bien la toilette; et que souhaiterait de plus un jeune homme qui cherche une femme?

Tous les matins, en la regardant qui bondissait sur la plate-forme de l’autobus, le père Trébuc était satisfait. Et il songeait que son père et sa mère à lui auraient été satisfaits aussi et voire stupéfaits, devant la petite-fille que sa femme et lui leur avaient donnée. Et il ne glissait à l’orgueil que lorsqu’il songeait qu’une dame comme madame Loissel pouvait concevoir pour Mousseline un mariage néanmoins plus beau que ce qu’il osait quelquefois espérer.

—Et pourquoi non?

C’était la question perfide qu’il se posait.