—Moi non, dit Mousseline.

IX

MOUSSELINE reprenait son travail à deux heures. Mais, l’après-midi, le père Trébuc n’assistait pas à son départ. Il y avait trop de gens à la station des autobus, et le père Trébuc estimait qu’il n’est sans doute pas très convenable que même un père embrasse sa fille devant tant de curieux, comme si elle s’embarquait pour la Chine.

—Le monde est si bête! pensait-il.

Et il ajoutait quelquefois:

—Et si méchant!

Le matin au contraire, après ce long arrêt et cette absence que la nuit marque entre un jour et le suivant, il est naturel qu’une fille embrasse son père avant de se rendre à son bureau. Le père n’a-t-il pas besoin de constater que sa fille est bien telle au réveil qu’elle était en se couchant? Et davantage peut-être n’a-t-il pas besoin d’admirer que cette fraîche et tendre jeune fille qui s’en va, soit sa fille? Le matin, les gens et le monde pouvaient faire toutes les réflexions qu’il leur plairait: le contentement du père Trébuc éclipsait son habituel souci des convenances.

Au reste, l’après-midi, le service du père Trébuc exigeait une attention plus grande. Le square était envahi par les enfants, et un bon gardien doit s’imposer une vigilance sérieuse.

Oh! les enfants ne sont pas si terribles que l’imaginent ceux qui n’en ont pas. Quand ils arrachent une fleur d’un massif ou quand ils piétinent un gazon, ils ne le font que tacitement autorisés, sinon poussés, par leurs parents. Dans un square, un gardien doit, plutôt que les gosses, surveiller mères, gouvernantes et nourrices, et bref les femmes, mais plus encore les hommes. Il n’est guère de jardin public, en effet, où l’on ne trouve sur un banc un couple d’amoureux, et il n’est guère d’amoureux qui n’oublient sur leur banc qu’ils ne sont pas seuls dans un paradis désert. C’est au gardien de les rappeler à la pudeur, à cause des enfants.

—Faut ouvrir l’œil, disait le père Trébuc.