Et il ouvrait le sien avec d’autant plus de zèle qu’il savait, pour les avoir trompés lui-même, à Brest par exemple, et à Rochefort, comment les amoureux trompent les gardiens de square. Et puis sa Mousseline à lui avait grandi dans ce square des Batignolles: à la protéger, le père Trébuc était devenu le protecteur de tous les enfants. Les amoureux ne se risquaient pas deux fois dans son square. Ou, connaissant le gardien, ils s’écartaient l’un de l’autre sur leur banc, dès qu’ils apercevaient de loin le père Trébuc qui marchait lentement vers eux, les mains derrière le dos, la tête droite, le képi bien planté.

Ce jour-là néanmoins, le père Trébuc ne se sentait pas enclin à une rigueur excessive.

La mère Trébuc l’avait un peu assombri, avec les mauvaises nouvelles qu’elle rapportait de ce pauvre monsieur Daix, un si brave garçon.

—Vois-tu qu’il meure? se disait-il. Adieu le mariage! Y aurait maldonne.

Il ne songeait pas que rien jusqu’alors n’avait été plus problématique, même à ses yeux, que ce mariage. Il n’y songeait plus, parce que, malgré ses premiers doutes, il considérait que les plus fortes chances s’éloignaient. En se représentant que monsieur Daix pût mourir, il comprenait qu’un beau rêve était en péril.

Le père Trébuc, dans les allées de son square envahi par les enfants, regardait droit devant lui, au-delà de ce petit peuple dont il était le protecteur, au-delà de ce printemps déjà tiède, vers l’avenir de sa pauvre Mousseline.

Un enfant qui courait faillit tomber sur lui. Le père Trébuc tendit les bras. L’enfant leva la tête, et, revenu de sa peur:

—Pardon, grand-père! dit-il.

Grand-père. Oui. Quelques gamins le nommaient grand-père. Il ne s’en fâchait jamais, il ne le remarquait peut-être pas. Pour la première fois, il entendit qu’un enfant le nommait grand-père.

Mais l’enfant fuyait.