—Puisque Madame Loissel dit que je peux le faire, je peux le faire.
Mais elle résistait, à cause du père Trébuc, à qui jamais elle n’avait su rien cacher, ou presque rien. Et il s’agissait d’une démarche trop grave pour que la mère Trébuc ne se dépêchât pas de tout avouer à son mari.
Elle aurait pu d’abord aller le consulter. De la rue Legendre au square des Batignolles, il n’y a pas si loin: cinquante mètres de rue Boursault à parcourir, pas davantage. Seulement, le père Trébuc défendait que sa femme allât le distraire de son service, sous quelque prétexte que ce fût.
—Service, service, disait-il.
Vieux soldat, il ne plaisantait pas là-dessus.
D’autre part, la mère Trébuc hésitait encore quand elle eut enfin l’Intransigeant, de la troisième édition, dans sa loge. Monsieur Daix avait en effet demandé à madame Loissel qu’on lui montât le journal dès qu’on l’aurait reçu. Et la mère Trébuc se disait que Mousseline, sortant à six heures de son bureau, ne rentrerait pas à la maison avant six heures et quart.
La mère Trébuc n’était pas contente. Elle n’osait pas descendre jusqu’au fond de sa pensée. Elle se disait que Mousseline ne rentrerait pas à la maison avant six heures et quart, mais elle savait que Mousseline ne rentrait pas une fois sur dix avant la demie. A la sortie des bureaux et des magasins, les autobus passent toujours complets, et une fille a beau être sérieuse comme Mousseline et ne pas flâner en chemin, il ne dépend pas d’elle qu’un autobus passe qui ne soit pas complet.
—Six heures et demie!
Monsieur Daix, là-haut, dans sa chambre, avec sa fièvre, n’accuserait-il pas de négligence la mère Trébuc?
A six heures un quart, la mère Trébuc eut envie de monter. Mais l’occasion, que madame Loissel conseillait de saisir, elle qui était femme de bon conseil, ayant eu un grand train et de la fortune, l’occasion se représenterait-elle?