Et la femme de chambre des Baquier lui ouvrait son large sourire, sans arrière-pensée. Elle ne s’était pas attiré, ce matin-là, une verte réplique de la mère Trébuc.
—C’est vos affaires, dit le père Trébuc. Seulement, tâchez moyen de ne pas faire trop de bruit là-haut. Vous savez, il y a ma fille à côté de vous.
—Oh! père Trébuc!
Mais, la Choute entraînant mademoiselle Jeanne au bout de sa laisse, la conversation avait été rompue là.
Quant à la mère Trébuc, la matinée fut aussi pour elle ce qu’elle était tous les jours: le réveil de Mousseline, qui répondait de l’intérieur de sa chambre où elle était enfermée: «Voilà Maman!», sautait du lit, ouvrait, se recouchait, et recevait les baisers et le bol de café au lait que sa mère lui apportait; puis, le grand escalier à faire, tandis que le père Trébuc, levé plus tôt et ayant rentré dans la cour la boîte à ordures, balayait l’escalier de service; entre temps, l’arrivée du facteur et le courrier à classer, examiner et distribuer, et les fournisseurs qui appellent Madame la Concierge pour lui demander où habite Monsieur Chaudroule, professeur au lycée Condorcet, ou Mademoiselle Baudetrot, la sage-femme; les locataires qui sortent, pressés comme tous les gens qui sortent le matin; puis le départ de Mousseline, l’arrivée de M. Marsouet, le sénateur, qui ne déjeunait pas, ce matin-là, chez les Baquier; la courte visite à madame Loissel et ses ordres pris pour les commissions; ces commissions; et quelques mots avec l’un et avec l’autre, mais surtout avec la femme de ménage de monsieur Daix et ensuite avec madame Loissel, au sujet du malade, qui n’allait ni mieux ni plus mal, source de discussions; enfin le repas de midi à préparer.
A midi cinq, le père Trébuc revint de son square; puis Mousseline de son bureau, et monsieur Jaulet presque sur ses talons, et mademoiselle Baudetrot qui prit son courrier en passant; et d’autres locataires. Tout le train de tous les jours. Un seul détail: la mère Trébuc crut apercevoir que sa Mousseline semblait préoccupée, mais le père ne remarqua rien, et la mère pensa que Mousseline peut-être pensait à monsieur Daix, car elle y pensait elle-même.
Après quoi, la journée se dévida sans incident notable pour personne. Madame Loissel était descendue chez monsieur Daix, mais la mère Trébuc ne la revit pas. Jusqu’à l’heure du dîner, où la femme de ménage en donna, qui demeuraient les mêmes, on n’eut pas de nouvelles de monsieur Daix. Le dîner des Trébuc s’en trouva un peu attristé, du moins au début, comme si ce pauvre monsieur Daix était de la famille.
—Saleté de grippe! se disait le père Trébuc. Ça va nous gâter notre soirée. Y a maldonne.
C’est qu’il avait rapporté de chez Nicolas une bouteille de Bordeaux blanc à capsule de cire, car Mousseline préférait le vin blanc, et, du petit café du coin, où il n’avait gagné que trente sous à la manille, un flacon à moitié plein de curaçao, le tout en l’honneur de Mousseline qui allait avoir ses vingt ans dans la nuit, exactement à deux heures du matin.