A neuf heures, comme d’habitude, Mousseline était montée. Pour cette fois, elle pouvait bien veiller plus tard. Le père Trébuc ne lui aurait pas dit:

—La Fille, si tu veux te lever demain, il est temps de te coucher.

Car il avait reconnu lui-même, en emplissant de curaçao les verres bleus à bord doré de la cave à liqueurs gagnée deux ans auparavant, à la Loterie Moderne du Boulevard des Batignolles:

—C’est pas tous les jours qu’on a vingt ans.

Mais, puisque Mousseline d’elle-même sonnait la retraite, mieux valait ne pas la retenir: le lendemain était jour de travail. Le père Trébuc n’avait pas retenu Mousseline.

—Brave fille, notre Mousseline, n’est-ce pas, la Maman? dit-il, quand elle eut disparu avec sa lampe à pétrole allumée.

Les interrogations du père Trébuc n’exigeaient pas souvent une réponse. La mère Trébuc ne se donnait que rarement la peine de discuter contre son mari. Et d’ailleurs n’avait-il pas exprimé leur admiration commune?

—Sûr que Madame Loissel a raison, répondit-elle. Celui-là qui épousera notre fille, ramènera chez lui une femme comme il n’y en a pas beaucoup.

—Elle t’a dit ça, Madame Loissel?

—Dame oui.