—Sans rancune, affirma d’un air triste monsieur Jaulet.
La mère Trébuc s’avança pour lui serrer aussi la main.
Sa boîte à violon sous le bras, le petit locataire du quatrième gagna la porte. Il était attendu chez de très riches Péruviens de l’avenue Kléber.
XX
LA décision avait été rapidement prise. Quand il se mit à en discuter avec sa femme, après avoir fermé sur monsieur Jaulet la porte de la rue, le père Trébuc réfléchit. Il essayait plutôt de démêler, de retrouver, où de découvrir les motifs qui l’avaient poussé. Il se rendait compte que, sous le coup de la surprise,—et quelle surprise, le jour où Mousseline fêtait ses vingt ans!—il n’avait peut-être pas examiné tout le pour et tout le contre.
Assis devant l’écrin où reposait la médaille de celui qui lui avait d’abord refusé sa femme, le père Trébuc restait un peu surpris encore, et de la démarche, en somme flatteuse, que le petit locataire du quatrième avait faite, et du refus si prompt que lui, père Trébuc, avait opposé à une démarche qui exigeait au moins des égards.
—Je lui ai répondu poliment, n’est-ce pas? demanda-t-il à sa femme.
Mais la mère Trébuc était plus perplexe que le père Trébuc. N’ayant pas agi, elle gardait de surcroît la surprise que le père Trébuc lui avait imposée en se décidant si vite, joint aussi qu’elle se sentait les tempes chaudes, à cause de ce vin cacheté qu’elle avait bu, pour fêter les vingt ans de sa Mousseline, et surtout de ce curaçao dont elle n’avait pas abusé pourtant.
—Il est tard, Ernest, dit-elle. Il faut te coucher.
Le père Trébuc rangea le précieux écrin de carton fané entre les piles de linge de l’armoire à glace. Il n’avait pas envie de dormir.