Au réveil, parce que son mari l’attendait en bas pour régler la question, elle ne s’était pas attardée dans la chambre de Mousseline.

—Bonjour, la Fille. Tu as bien dormi? Voilà ton café au lait. Je me trotte. A tout à l’heure! Et ne te rendors pas, hein!

Mais elle avait vu que Mousseline était fatiguée ainsi qu’on l’est après une nuit d’insomnie. Et à peine le père Trébuc poussait-il le portillon de son square, la mère Trébuc grimpait au sixième, par le raide escalier de service, aussi vite que le lui permirent, comme elle disait, ses vieilles jambes.

Elle ne tergiversa point, les yeux de sa Moumousse étaient trop tristes. Devant le regard de ces yeux battus, elle ne regretta pas de désobéir à la consigne que lui avait fixée son mari: ne rien dire à Mousseline. Mais elle se rappela qu’elle ne pouvait pas se dérober à l’autre devoir, et c’était de dissuader Mousseline, si Mousseline essayait de s’entêter.

S’entêter, la Moumousse? quand sa mère lui remontrerait tout ce qu’elle lui remontrerait? Elle avait toujours été docile, la Moumousse. Enfant, quelques taloches lui avaient inculqué les nécessaires notions de l’obéissance qu’une fille doit à ses parents, selon le père Trébuc, avant de la devoir à son mari. Et Mousseline adolescente s’était rarement conduite de façon à mériter une semonce ou même une simple observation. Mais la mère Trébuc s’attendait à un peu de résistance:

—Quand on a l’amour en tête..., se disait-elle.

Et elle se rappelait qu’elle s’était entêtée, elle, jadis, à vouloir son gars Trébuc, et qu’elle l’avait eu, après quinze ans de fidélité.

—Savoir, se dit-elle, si elle l’aime aussi comme ça. Alors, ma foi, dame!

Et d’autres réflexions, qu’elle garda par devers soi, naturellement. Mais elle s’attrista de tout son cœur en voyant les yeux si tristes de Mousseline.

Nul reproche dans ces yeux-là, nulle colère, nulle rancune. De la tristesse, du chagrin. Rien de plus, mais n’est-ce pas trop pour une maman?