XXVI
MADEMOISELLE Baudetrot, la sage-femme aux gestes brusques, ne revenait pas de sa maison de santé tous les jours exactement à la même heure.
—Service, service, lui disait le père Trébuc, qui reconnaissait en elle une femme consciencieuse.
Ce jour-là, elle ne rentra pour déjeuner qu’à l’instant où le père Trébuc, ayant rempli son devoir de père, ouvrait la porte de la loge et sortait. Il était si troublé qu’il faillit la heurter en s’effaçant.
—Excusez-moi, Mademoiselle... Madame...
Il se reprit à propos. Mademoiselle Baudetrot fronçait déjà les sourcils. Et il s’en aperçut. Mais il fila sans insister.
—Aussi quelle idée, songeait-il, de se faire appeler Madame quand on est demoiselle!
Mademoiselle Baudetrot avait en effet cette exigence. Elle affirmait qu’il est absurde, sinon indécent, d’établir dans le langage usuel une distinction entre les femmes qui sont mariées et celles qui ne le sont pas, d’autant que maintes femmes mariées, à qui l’on donne du madame, n’ont pas d’enfants, et que des mères se voient bassement traiter de mademoiselle jusque par les secrétaires de mairie qui enregistrent les naissances.
—Pas de Mademoiselle! disait mademoiselle Baudetrot. Dès lors qu’une fille est en âge d’enfanter, respectez-la: elle est madame. Le reste ne regarde personne.
—C’est sa lubie, songeait le père Trébuc, ça la regarde.