Pauvre Panouille ! Même aux plus pures heures de sa gloire, il gardait cette pudeur qui lui avait toujours été funeste. Ne lui suffisait-il pas d’être content, sans approfondir ?
Romaine Vacaza, elle, n’eut pas besoin d’approfondir beaucoup pour juger Panouille.
— Un vrai ballot ! glissa-t-elle à l’oreille de Maître Pigace, dès le lendemain de l’arrivée de Panouille. Quelle pochetée !
— Dame ! répondit sobrement l’avocat.
Et Romaine, déçue, répétait la même courte phrase définitive, à tous ses amis.
Éberlué par sa conquête, victoire qui couronnait ses autres victoires, Panouille, rabroué par Romaine, ne comprenait pas pourquoi il avait perdu si vite l’ascendant qu’il avait pris, si vite aussi, sur elle. Il songeait à Marguerite, qui l’aimait déjà tant quand il n’était rien du tout. Ah ! que n’assistait-elle à la manifestation de la salle Wagram ! Elle aurait vu quel homme était devenu son Panouille, comment une foule de quinze mille prolétaires accueillait son Panouille, avec quels applaudissements on approuvait le discours qu’il avait prononcé.
Croyait-il vraiment qu’il eût prononcé un discours ?
Le surlendemain de la manifestation à la salle Wagram, il était prié de présider à une réunion des employés des Postes et Télégraphes. Il accepta, ajoutant qu’il prononcerait un discours ; car les journaux communistes, qui avaient relaté les circonstances de son entrée triomphale à Paris, ne s’étaient pas privés d’enguirlander la réalité.
Panouille donc s’assit dans le fauteuil de président que lui offraient les postiers et télégraphistes assemblés. Romaine Vacaza était au premier rang des spectateurs.
Salué d’applaudissements serrés lorsqu’il se leva, Panouille déclara, non sans bredouiller :