— Bon.
D’un geste large, Panouille tendit la main au camarade huissier qui la serra sans rien ajouter.
Cette fois, en redescendant, il souriait.
— Tu parles d’un frère ! se disait-il.
Il n’était pas vexé que l’huissier ne l’eût pas reconnu. Lui-même n’avait pas reconnu l’huissier, qui n’était sans doute pas de service quand Panouille avait suivi Zaza, la première fois, à l’Ami du Peuple. Et il souriait, convaincu que le camarade huissier devait se morfondre de sa maladresse ou de son ignorance.
Le soir, il est vrai, Panouille fut reconnu. On l’introduisit tout de suite dans une grande salle aux murs garnis de rayons où s’empilaient des brochures et des livres. Une table énorme, couverte de journaux, accaparait presque toute la salle.
— Un instant ! annonça l’huissier qui revenait par la porte à double tambour capitonné du fond. Le camarade Chipline est en conférence.
— Bon ! dit Panouille. J’attendrai.
Il prit un journal au hasard sur la table : c’était La Liberté de la veille, qu’il attaqua de confiance, présumant, à l’aspect du titre, que ce journal fût des amis du parti.