Le colonel prit le bras du capitaine.
— Comme vous êtes entier ! Toujours le même, alors ? Toujours le Joussert qui pleura, le jour de l’armistice, parce que, à son avis, on signait quinze jours trop tôt ?
Respectueusement, mais fermement, le capitaine se dégagea de l’étreinte de son supérieur.
— L’intérêt de la France, après tant de sacrifices consentis…
— La France n’a pas voulu verser une goutte de sang de plus qu’il n’était nécessaire.
— C’est pourquoi elle en versera des litres et des litres, avant que ses régions dévastées soient reconstruites.
— Votre Maurras le dit.
— Mon colonel, je ne suis pas royaliste : je suis Français.
Le ton du capitaine devenait sec.
— Ne vous emportez pas, Joussert, je ne vous parlais pas en supérieur. Nous sommes deux Français qui causons de notre pays.