— J’aime mon pays, mon colonel.
— Qui ne l’aime pas ? Reste à savoir si vous ne l’aimez pas comme font ces jaloux qui rendent la vie, sinon impossible, du moins très dure à celle qu’ils aiment. Je connais vos opinions, Joussert. Elles ne me regardent pas quand nous sommes en service ; mais ici, dans la rue, nous pouvons en discuter. Nous en discutions là-haut, sur le front, en toute franchise.
— La guerre est finie, mon colonel.
— Et vous ne pardonnez pas à la République de l’avoir gagnée ?
— Mon colonel, la République l’a gagnée en se servant de tous les Français, sans chercher à savoir s’ils étaient républicains, et par des moyens d’une orthodoxie douteuse.
— Oui, Clemenceau, la censure, le Parlement muselé, toute l’antienne ! Mais avouez donc que la République fut intelligente.
— Je conçois mal l’intelligence d’une entité aussi vague.
— Géomètre, va !
— Sans doute, mon colonel, et avouez à votre tour que j’ai le droit de m’étonner que, si peu de temps après l’armistice, cette République, rentrée dans son ornière, se laisse entraîner vers une guerre de diversion qu’elle peut achever du jour au lendemain, si elle le désire.
— Vous en tranchez à votre aise.