— Trois mains. Il a augmenté de deux sous par main.

— Elle est un peu douce, la moutarde.

— Oh ! toi, il te faut du sinapisme !

— Tu exagères.

XVII

Ce samedi-là, le maréchal des logis Faituel était chef de poste au quartier.

Excellent sous-officier qui n’avait jamais attiré la moindre réprimande, il s’acquittait de son service avec un zèle remarquable. Seuls, Rechin et deux ou trois autres canonniers connaissaient mieux le véritable Faituel. Pour eux, il se réservait moins que pour tout le monde. Il les recevait assez souvent, le soir, après la soupe, dans la chambre qu’il avait louée, en ville, chez une vieille dame sourde dont il excitait l’admiration par sa courtoisie et sa sagesse. Jamais le maréchal des logis Faituel ne recevait une femme chez lui. Chaque soir, il arrivait en uniforme bien taillé, vers cinq heures. A sept heures, qu’il eût eu ou qu’il n’eût pas eu la visite de ses camarades, il repartait, en civil. Vers neuf heures, il rentrait, se déshabillait, et regagnait le quartier. Mais Rechin, qui n’était pas un sot, le soupçonnait d’avoir en ville une autre chambre, sinon tout un appartement, où l’on ignorait qu’il fût soldat et où il ne recevait aucun soldat.

Au quartier, le maréchal des logis Faituel évitait toute rencontre familière avec les camarades qu’il traitait en ville comme de véritables amis. Il avait même dû, à plusieurs reprises, en avertir expressément Rechin, qui le jugeait timoré. Pas n’est besoin sans doute de spécifier que, ce samedi-là, troisième jour de prison de Panouille, le maréchal des logis Faituel, plus circonspect que jamais, renvoya sans ménagement le canonnier Rechin qui cherchait à l’aborder dès la fin de la parade de garde. Rechin, toutefois, ne désirait lui dire que deux mots :

— Tâche de voir Panouille. Moi, je suis brûlé, tu le sais.

— Bon. Rompez ! répondit le chef de poste.