Faituel avait d’autres soucis, car il pressentait que son tour de garde ne serait pas des moins délicats, mais il s’était promis de ne pas perdre une si précieuse occasion de causer avec Panouille. Chef de poste, il était responsable, et par conséquent il pouvait pénétrer dans tous les locaux pour s’assurer, à telle heure qu’il lui plairait, que tout y était bien en ordre.

Il visita les prisons quand son brigadier fut revenu de la corvée de soupe aux prisonniers. Il eut soin seulement, avant d’ouvrir la cellule de Panouille, d’abaisser le plus possible sur ses yeux la visière de son casque.

Il était adroit. Il sut trouver quelques paroles suffisantes pour que Panouille ne regimbât pas d’emblée. Et, les ayant prononcées, il n’eut plus aucune crainte : il était maître de Panouille.

— Mais oui, mon pauvre vieux, lui dit-il doucement, vous avez des amis. Ils vous sauveront.

— J’ai rien fait. J’ai pas frappé le lieutenant et j’ai pas lancé la gamelle à l’adjudant. Je vous jure…

— Oh ! moi, je vous crois. Mais ici, dans ce métier, ce n’est pas toujours la vérité qu’on croit. Et à votre place, moi, je ne persisterais pas à nier. C’est un très mauvais système de nier avec obstination : il y a des juges que ça incommode, surtout au conseil de guerre.

— Alors, sûr et certain, ils me font passer au conseil ?

— Dame !

Panouille, une fois de plus, exhala son juron favori.

— Vous les connaissez, poursuivit le maréchal des logis : tous des brutes, qui ne sont contents que du malheur des pauvres types. Ah ! si tu étais riche, mon pauvre Panouille, sois tranquille : tu ne serais pas où tu es, et on n’aurait pas voulu t’envoyer d’office en Algérie. Ici comme ailleurs, il n’y a de misère que pour les misérables. Mais ça ne durera pas toujours : nous nous vengerons. Toute l’armée, c’est de la racaille à pendre.