— Tu ne sais pas ce qu’est devenue notre prodigieuse armée de la guerre, cette élite de la nation. Elle est devenue ce que la nation redevient peu à peu, tandis que les anciens combattants, fatigués, s’engourdissent : la proie des anciens embusqués, des anciens lâches, la proie des partisans de toutes les compromissions.
— Allons ! dit l’ingénieur, avoue-le : tu t’aperçois que tes doctrines sont en train de faire faillite.
— Non.
— Mais tu n’y crois plus.
— J’y crois plus que jamais. Plus que jamais, je crois que la France a besoin d’une monarchie.
— Le peuple, qui vote, n’en veut pas.
— Le peuple ne sait pas. Dès l’école, on le trompe ; on lui enseigne que les rois mangeaient son pain et buvaient sa sueur ; mais on ne lui enseigne pas qu’il ne faut pas imputer aux rois ce qui est imputable à la noblesse, et on se garde bien de lui enseigner que les rois étaient toujours en lutte contre la noblesse et que c’est contre la noblesse, avec le peuple et pour le peuple, que les rois ont créé le royaume de France. On ne lui enseigne pas que cette noblesse d’autrefois n’était que ce que sont les banquiers, les agioteurs, les accapareurs, les sociétés anonymes d’aujourd’hui. On ne lui enseigne pas que les rois étaient moins dangereux pour le peuple que ne le sont aujourd’hui ces Normaliens défroqués et ces avocats sans clientèle qui composent les trois quarts du parlement tout-puissant. Si le peuple savait…
— Veux-tu faire de la politique ?
— Faire de la politique ? Car c’est un métier, n’est-ce pas ? C’est la France qu’il faut faire, mon ami.
— Toujours des guerres ?