— Au capitaine ! cria le chef de poste.
Par la petite porte, trois canonniers se ruèrent.
Mais, soudain, deux détonations, coup sur coup. Et, subitement, les assaillants, se bousculant, reculèrent, refluèrent, s’échappèrent. Un vide se trouva fait devant la grille. La sentinelle était toujours debout. Deux hommes gisaient au bord du trottoir : un civil à casquette, et le capitaine Joussert.
Le nouveau cortège, chantant l’Internationale, approchait.
Quelques manifestants, qui s’étaient ressaisis après la panique, se baissaient autour du blessé. Les canonniers relevaient le leur, et l’emportèrent dans la cour du quartier. Blême, le maréchal des logis Faituel, revolver au poing, refoulait vers l’intérieur ses hommes de garde. La cour s’emplissait de canonniers. L’adjudant de semaine hurlait des ordres que nul n’exécutait. La foule, dehors, son chant coupé net, s’enflait autour de son blessé.
— Il est mort ! lança une voix de femme.
— Assassins !
— Assassins !
La foule criait à la mort.
Pendant vingt minutes, elle secoua la grille du quartier. La sentinelle avait été emmenée par les plus furieux. Derrière la grille, le maréchal des logis Faituel avait éloigné tous les canonniers.