Cent treize demain matin… Passenans… Marguerite… Libération… Retour au pays… Les chevaux à la charrue… Marguerite…

Marguerite…

Panouille dormait.

DEUXIÈME PARTIE

I

Il n’est pas besoin de motifs extraordinaires pour qu’un homme devienne célèbre. Désirant la gloire que dispensent les journaux, Panouille ne l’eût probablement pas obtenue. Elle vint à lui, généreuse et bruyante. Huit jours après les incidents minimes qui avaient troublé une chambre d’artilleurs, puis une batterie, puis un régiment, puis toute la garnison et toute cette ville de province dont la population industrielle affectait de ne pas aimer les militaires, le nom de Panouille avait été imprimé par le plus petit des hebdomadaires de France et livré à la curiosité publique. Et, selon la couleur des gazettes, Panouille avait été présenté comme un martyr ou comme un misérable, et une partie de l’opinion l’élevait au rang des héros du prolétariat, tandis qu’une autre le rabaissait au niveau des tristes individus qui ne valent pas la corde dont on doit les pendre.

L’affaire, étant obscure, excitait les passions. Certains parlaient des temps proches sur un ton d’amertume et de menace, et certains déploraient la faiblesse d’un gouvernement qui mettait le pays à la merci d’aventuriers dangereux. Les deux communiqués que le Ministère de la Guerre avait rédigés afin de dissiper le malentendu naissant, n’avaient rien dissipé.

— On sait bien, se disait-on, qu’un démenti officiel n’est qu’un aveu.

Et les journaux des différents partis politiques s’étaient enflammés de plus belle.

Les détails de l’affaire, il est vrai, pouvaient permettre toutes les hypothèses et toutes les déductions. Dès le début, un homme était mort, tué, à cause de Panouille, de chaque côté de la barricade : un ouvrier, et le capitaine qui connaissait mieux que personne la vérité. Les différents partis en profitèrent de leur mieux.