— Qu’a donc fait ce malheureux ?

Condamné, Panouille fut la victime et le martyr indiscutable.

Le parti communiste tenait en lui un otage sérieux. Par ses journaux, par ses députés, il le mit au premier plan. L’heure était bonne : dans le Sud-Algérien, les rebelles d’Abd El Kracine, utilisant au mieux les retraites des montagnes de l’Aurès, tenaient tête sans peine au corps expéditionnaire. Condamné pour des motifs mal établis, mais aussi pour avoir probablement levé la main sur ses chefs, et certainement pour s’être levé contre la guerre, Panouille, élu chef de file du parti communiste, était devenu un symbole ardent.

On plaçait sous sa présidence d’honneur les métignes de protestation, organisés à Paris. Car le parti communiste, on ne l’ignore pas, organise des métignes de protestation à propos de tout et de rien, afin de témoigner de son existence et pour mériter les subsides qu’il reçoit de Moscou.

Un soir, à la salle Wagram, on laissa vide un fauteuil au milieu des orateurs inscrits, et, lorsque le président de la séance eut déclaré que ce fauteuil était le fauteuil du camarade Panouille, une puissante acclamation lui répondit.

— Vive Panouille !

— A bas la guerre !

— Vivent les Soviets !

— Vive Panouille !

Les employés, receveurs et conducteurs de la Compagnie des Transports en commun de la région parisienne décrétèrent une grève de vingt-quatre heures pour prouver leur sympathie à Panouille et pour exiger que, soldat condamné à cause de ses opinions, il fût traité au régime des prisonniers politiques.