N’ayant pas obtenu satisfaction, ils décrétèrent, un mois plus tard, la grève sans limite.
Après huit jours de résistance, et une interpellation au Sénat, et une menace de grève de solidarité des employés des Postes et Télégraphes, le gouvernement capitula.
Panouille fut transporté dans une nouvelle prison et bénéficia de faveurs auxquelles il ne s’attendait pas. Sans le savoir, sans le vouloir, il était devenu l’épouvantail que les révolutionnaires agitaient devant les bourgeois inquiets.
Lui-même ne comprenait pas bien comment il pouvait avoir tant d’importance, puisqu’on l’avait condamné sans égards. Mais, réfléchissant, et considérant que son crime avait été fort exagéré, il acceptait cette manière de compensation qu’on lui offrait.
Il en vint ainsi à ne plus s’étonner de ce changement de régime dont il profitait. Homme simple, il regardait comme normal et naturel tout ce que toutes les autorités ordonnaient. Et, sur la foi de ce qu’imprimaient les journaux communistes qui lui arrivaient dans sa prison, il se tenait pour une victime digne d’un sort meilleur.
Qu’il fût un personnage d’exception, comme ces mêmes journaux le laissaient entendre, il en doutait. Trois mois après sa condamnation, il était encore un pauvre homme qui eût préféré qu’on parlât moins de lui dans tous les journaux.
Cependant, peu à peu, sous l’influence déprimante de la vie qu’il menait, et à mesure qu’il se voyait davantage l’objet de l’attention publique, il comprit différemment.
Peu à peu, parce qu’il ne lisait guère d’autres feuilles, il approuva sans réserve ce qu’il lisait dans l’Humanité et dans l’Ami du Peuple.
Il s’émut de toutes les injustices, de toutes les misères, de tous les crimes dont la société bourgeoise, militariste, impérialiste et capitaliste, était quotidiennement accusée. Il s’émut, comme aurait pu le faire un étranger, de la misère et de l’injustice dont il souffrait. Et souvent il avait envie de dire, ou d’écrire, à ces hommes compatissants, qu’il approuvait leurs rancœurs, leurs campagnes.