Dans sa prison, Panouille exhalait à voix haute d’ignobles jurons. A quel avenir pouvait-il rêver ? Quand sortirait-il de cette prison ? Et où se rendrait-il ? Qui lui donnerait du travail ? Ne refuserait-on pas d’embaucher un valet de ferme qui sortirait de prison ? Les fermiers sont gens qui n’ouvrent pas si facilement leur porte.

Maître Pigace, avocat et député, lui disait bien de ne pas désespérer avant l’heure.

— Tout n’est pas fini pour toi, précisait-il. Au contraire, ton affaire commence à peine.

Panouille eût mieux aimé des précisions plus franches. Il n’avait plus grande confiance en la justice. Que lui parlait-on de révision et, à défaut de révision, d’amnistie ?

— Le parti ne te lâchera pas, lui affirmait le camarade Pigace.

Panouille n’espérait plus rien que du parti communiste.

— Des hommes comme toi font la force de nos revendications sociales, déclarait encore l’avocat.

Et Panouille, indécis, ne demandait qu’à se laisser persuader.

Quand le souvenir de Marguerite ne le harcelait pas trop, il se voyait, réalisant les ambitions de son avocat, apportant sa pierre à l’édifice commun, tel que Maître Pigace l’obligeait à se voir. S’il pensait douloureusement à Marguerite, un goût de vengeance et de rancune se mêlait à son envie de réussir. Il n’imaginait pas que ses nouveaux amis dussent ne pas l’aider, lorsqu’il sortirait de prison. Ne parlaient-ils pas de lui dans les termes les plus flatteurs ? Ne parlaient-ils pas déjà de susciter toutes les grèves nécessaires pour arracher au gouvernement une amnistie totale, que les journaux voulaient complète et totale ?

De sa prison, Panouille s’exagérait à la fois les facilités et les difficultés de l’entreprise. Il faisait figure de personnage célèbre dont tout le pays avait prononcé ou prononcerait toujours le nom. Il n’ignorait pas enfin la campagne que ses amis menaient en faveur de Marty et de Badina, et, se jugeant plus intéressant, il attendait un secours efficace de ses défenseurs de l’Ami du Peuple et de l’Humanité.