V

Trahi par sa fiancée, condamné par les hommes, Panouille ruminait dans sa prison.

Il avait cru d’abord que Marguerite n’était pas informée du malheur qui frappait Panouille. Mais Rechin avait certainement écrit à Marguerite pour lui conter le comment et le pourquoi de l’affaire. Mais l’excellent Maître Pigace avait certainement écrit aussi à Marguerite. Et elle ne répondait rien. Et Panouille, dans sa prison, se désolait de l’indifférence de sa Marguerite.

Pouvait-elle être indifférente ? Elle non. Brave fille au cœur loyal, elle plaignait sans doute l’infortuné Panouille. Mais il songeait qu’on le desservait sans doute auprès d’elle, et il cherchait un moyen de l’avertir. Or, tandis qu’il luttait contre l’inquiétude, il avait appris que Marguerite se disposait à se marier. Il ne pouvait dès lors plus douter de quoi que ce fût : Marguerite le trahissait. Et Panouille s’assombrit.

Seul désormais au monde, et libre de réfléchir à loisir, il réfléchit tristement. Des phrases lues soutenaient ses pensées. Il attribuait ses infortunes à sa naissance.

Il était né… De qui était-il né ? On l’avait trouvé au pied de la colline de Passenans, près du ruisseau où les paysannes lavent le linge. Un fermier s’était offert pour l’élever. L’élever ? Ou le préparer à lui servir d’esclave ? Panouille avait grandi en paria. D’autres enfants se moquaient de lui. Hommes et femmes ne s’adoucissaient pas plus pour lui que pour le chien de la ferme. Panouille enfant ne comptait pas. Panouille adolescent tint l’emploi d’un valet. On abusait de lui plus que d’une machine. Un jour, il avait trouvé un peu de sympathie chez une fille que ses maîtres venaient d’engager. C’était Marguerite, sa Marguerite.

Et voilà que sa Marguerite le trahissait. Loin de lui envoyer quelque lettre de consolation ou d’encouragement, elle se préparait à épouser un rival de Panouille.

Panouille était écœuré, dolent, découragé. Il se disait :

— Si j’étais riche…

Mais il n’était pas riche, et, depuis qu’il lisait les journaux communistes, il savait que les riches sont la cause de tous les malheurs que subissent les pauvres. On lui avait pris sa fiancée, on l’avait condamné pour un crime qu’il n’avait pas commis. Comment n’eût-il pas été écœuré ?