Il ne s’agissait que d’une élection partielle, pour remplacer un conseiller mort d’un accident de voiture. Six candidats s’affrontaient : ils menèrent entre eux, les uns contre les autres, une campagne féroce. Réunions, placards, prospectus, toute la pompe électorale habituelle fut exploitée sans merci. Panouille seul ne présenta pas lui-même aux élections son programme. Des militants du parti communiste s’en chargèrent pour lui, rédigèrent le texte de ses affiches, convoquèrent les électeurs.

Panouille fut élu, dès le premier tour de scrutin.

Le lendemain, toute la presse annonçait, avec ou sans commentaires, la victoire de ce martyr du prolétariat ouvrier et paysan. Mais la plupart des journaux ne cachaient ni leur dépit ni leur réprobation.

Des controverses s’allumèrent. L’affaire Panouille, qui sommeillait, se réveilla. Pendant plusieurs jours, elle eut à nouveau les honneurs de la publicité. Pour la plupart des commentateurs, Panouille élu discréditait l’institution nationale du suffrage universel.

Panouille, en effet, et l’on en donnait au moins deux raisons, n’était pas éligible.


Sans valeur, l’élection devait être annulée. Elle le fut.

Il fallut procéder à une nouvelle consultation des électeurs.

Panouille, encore candidat, fut encore élu.

Il fallut procéder à une nouvelle annulation.