«Nous devons garder, d'après les droits que nous a transmis Jésus-Christ, nos corps et nos biens libres de toute injuste contrainte.» Et ailleurs: «Le roi Georges II n'a aucune des qualités que demande l'Écriture sainte pour gouverner ce pays.» L'on «fit une convention solennelle, que l'on jura en tenant la main levée et l'épée haute, selon la coutume de nos ancêtres et des soldats disposés à vaincre ou à mourir, de protéger nos corps, nos biens et nos consciences contre toute atteinte, et de défendre l'Évangile du Christ et la liberté de la nation contre les ennemis du dedans et du dehors [49].»
Note 48:[ (retour) ] A renewal of the Covenants, National and Solemn League, A confession of sins and an engagement to duties and a testimony as they were carried on at Middle Octorara in Pennsylvania. Nov. 11, 1743, Psalm. LXXVI, 11. Jérémiah, I, 5. Cette curieuse et très-intéressante brochure a été réimprimée à Philadelphie, 1748. Nul doute que Jefferson, qui a fouillé partout «pour retrouver les formules bibliques des vieux Puritains» (Autobiog.), en ait tiré les phrases de la Déclaration dont l'originalité est contestée.
Note 49:[ (retour) ] L'expression la plus complète et la plus énergique des idées inspirées par la réforme religieuse, idées qui devaient conduire à une réforme politique, se retrouve dans la déclaration d'indépendance des colonies, faite à Philadelphie, 4 juillet 1776. Mais depuis longtemps les esprits étaient pénétrés des principes que les colons proclamèrent alors devant les nations, étonnées de leur audace. Aussitôt en effet que le sang des Américains eut été versé sur le champ de bataille de Lexington, des meetings furent tenus à Charlotte, comté de Mecklenburg (Caroline du Nord), dont les résolutions eurent la plus grande analogie avec la déclaration prononcée l'année suivante par Jefferson. À la suite de ces meetings (mai 1775), les presbytériens, en présence de leurs droits violés et décidés à la lutte, chargèrent trois des membres les plus respectés et les plus influents de l'assemblée, de rédiger des résolutions conformes à leurs aspirations. Le rév. pasteur Hézékiah James Balch, le docteur Ephraim Brevard et William Kennon, firent adopter les conclusions suivantes:
«1° Quiconque aura, directement ou indirectement, dirigé, par quelque moyen que ce soit, ou favorisé des attaques illégales et graves telles que celles que dirige contre nous la Grande-Bretagne, est ennemi de ce pays, de l'Amérique et de tous les droits imprescriptibles et inaliénables des hommes.
2° Nous, les citoyens du comté de Mecklenburg, brisons désormais les liens politiques qui nous rattachent à la mère patrie; nous nous libérons pour l'avenir de toute dépendance de la couronne d'Angleterre et repoussons tout accord, contrat ou alliance avec cette nation qui a cruellement attenté à nos droits et libertés et inhumainement versé le sang des patriotes américains à Lexington.» American archives (4e sér.), II, 855.
Les Histoires de la Caroline du Nord, par Wheeler, Foote, Martin. Field Book of the Revolution, par Lossing, II, 617 et les nombreuses autorités y citées.
Un autre élément de désaffection contre l'Angleterre se joignait chez les Américains à toutes les causes d'antipathie que les colons anglais devaient nourrir dans leur coeur contre la mère patrie et son gouvernement.
La révocation de l'édit de Nantes (1685) avait forcé la France à fournir au nouveau monde son contingent de réformés et d'indépendants. Même avant que Louis XIV eût pris cette mesure, aussi inique dans son principe que barbare dans son exécution et fatale aux intérêts de la France dans ses résultats, à l'époque où Richelieu, après la prise de la Rochelle, enleva aux protestants les droits politiques qui leur avaient été accordés par Henri IV, de nombreux fugitifs, originaires des provinces de l'ouest étaient allés chercher un asile dans l'Amérique anglaise et y avaient fondé en particulier la ville de New-Rochelle, dans l'État de New-York. Boston, capitale du Massachusets, possédait aussi vers 1662 des établissements formés par des huguenots, qui attiraient sans cesse de nouveaux émigrants. Mais à partir de 1685, le mouvement d'émigration des Français vers les colonies anglaises d'Amérique prit une grande intensité. C'est dans la Virginie et la Caroline du Sud qu'ils s'établirent en plus grand nombre, recevant de leurs coreligionnaires anglais l'accueil le plus bienveillant et le plus généreux [50]. C'est là aussi que nous trouvons plusieurs noms d'origine française qui rappellent à ceux qui les portent leur première patrie et les malheurs qui les en firent sortir. Devenus sujets de l'Angleterre, ces Français, qui avaient perdu tout espoir de revoir leur patrie, et qui n'en concevaient que plus d'horreur pour le gouvernement monarchique qui les avait exilés, combattirent d'abord dans les rangs des milices américaines, pour le triomphe de la politique anglaise. Mais quand les colonies, arbitrairement taxées, se soulevèrent, ces mêmes Français retrouvèrent au fond de leur coeur la haine séculaire de leurs ancêtres contre les Anglais. Ils coururent des premiers aux armes et excitèrent à la proclamation de l'indépendance. Plusieurs même jouèrent un rôle important dans la lutte [51].
Note 50:[ (retour) ] Old Churches and Families of Virginia, par le Très-Rév. Dr Meade, évêque protest. Philadelphie, 1857, vol. I, art. XLIII.—V. aussi les Westover Mss., dans la possession du colonel Harrison de Brandon, Virginie.—Histoire de la Virginie, par Campbell. Richmond, 1847. America, par Odlmixon, I, 727. London, 1741.
Note 51:[ (retour) ] Tels sont les Jean Bayard, Gervais, Marion, les deux Laurens, Jean Jay, Elie Boudinot, les deux Manigault, Gadsden, Huger, Duché, Fontaine, Maury, de Frouville, Le Fèvre, Benezet, etc.
En résumé, les colonies anglaises d'Amérique furent presque exclusivement peuplées, dès l'origine, par des partisans des cultes réformés qui fuyaient l'intolérance religieuse et le despotisme monarchique. Les catholiques qui s'y établirent étaient aussi chassés de l'Angleterre par les mêmes causes, et avaient appris dans leurs malheurs à ne pas voir des ennemis dans les protestants. Tous étaient donc animés de la plus profonde antipathie pour la forme de gouvernement qui les avait contraints à s'exiler. Là, dans ce pays immense, vivait une population différente par l'origine, mais unie dans une égale haine pour l'ancien continent, par des besoins et des intérêts communs. Les combats constants qu'elle livrait soit à un sol vierge couvert de forêts et de marécages, soit à des indigènes qui ne voulaient pas se laisser déposséder, les aguerrissaient contre les fatigues physiques et leur donnaient cette vigueur morale propre aux nations naissantes. La religion, divisée en une multitude de sectes que les persécutions éprouvées rendaient tolérantes les unes pour les autres, avait un même corps de doctrine dans la Bible et l'Évangile; une même ligne de conduite, l'amour du prochain et la pureté des moeurs; les mêmes aspirations, la liberté de conscience et la liberté politique [52]. Les pasteurs, aux moeurs rigides, à l'âme énergique et trempée par le malheur, donnaient à tous l'exemple du devoir [53], leur enseignaient leurs droits et leur montraient comment il fallait les défendre.
Note 52:[ (retour) ] Le MS. ANONYME, qui, je crois, est de M. Cromot, baron du Bourg, donne des observations sur les quakers, qui prouvent combien les officiers français ont été frappés de ces faits. «La base de leur religion, dit-il, consiste dans la crainte de Dieu et l'amour du prochain. Il entre aussi dans leurs principes de ne prendre aucune part à la guerre. Ils ont en horreur tout ce qui peut tendre à la destruction de leurs frères. Par ce même principe de l'amour du prochain, ils ne veulent souffrir aucun esclave dans leur communauté, et les quakers ne peuvent avoir des nègres. Ils se font même un devoir de les assister. Ils refusent aussi de payer des dîmes, considérant que les demandes faites par le clergé sont une usurpation qui n'est point autorisée par l'Écriture sainte.»
Note 53:[ (retour) ] On trouve dans les Archives am. et Revolutionary Records les noms de plusieurs pasteurs qui ont servi comme officiers dans l'armée.