Note 91:[ (retour) ] Arch. américaines.

Il quittait la France le 6 avril, et le 21 juin 1776, le board of war, ayant jugé que le chevalier de Kermovan avait donné des preuves indubitables de son bon caractère et de son habileté dans l'art de la guerre, le recommande au Congrès comme ingénieur, et croit que les autorités de Pensylvanie doivent l'employer aux constructions de Billingsport, sur la Delaware. Il fut commissionné dans ces conditions le 4 juillet 1776.

Citons encore parmi les volontaires qui accompagnèrent La Fayette, le précédèrent ou le suivirent de très-près: De Mauroy, qui l'avait accompagné dans sa fuite de France; De Gimat, son aide de camp intime; Pontgibaud, qui fut aussi son aide de camp; Armand de la Rouerie, plus connu sous le nom de colonel Armand, que sa bravoure chevaleresque, son caractère libéral et ses aventures rendirent populaire en Amérique; de Fleury, le héros de Stony-Point; Mauduit du Plessis, le héros de Redbank; Conway, Irlandais au service de la France, «homme ambitieux et dangereux,» dit La Fayette [92] . Il fut entraîné dans des intrigues qui avaient pour but d'opposer Gates et Lee à Washington [93] , et justifia dans ces tristes affaires la mauvaise opinion que son général avait de lui; de Ternant, de La Colombe, Touzard, le major L'Enfant et d'autres.

Enfin, parmi les étrangers: Pulaski et Kosciusko, qui ont tous deux joué des rôles importants dans les révolutions de Pologne; de Steuben [94] , officier prussien, venu vers le commencement de 1778, et qui organisa la discipline et les manoeuvres dans l'armée américaine [95] .

Note 92:[ (retour) ] Mémoires.

Note 93:[ (retour) ] Pour connaître les intrigues qui avaient pour but de renverser Washington et de lui substituer Charles Lee, ou Gates, ou tout autre, intrigues dont je parlerai plus longuement dans une autre partie de mon travail, voir les ouvrages suivants:
M. Lee's Plan.—March. 29, 1777, ou la Trahison de Charles Lee, par George H. Moore. New-York, 1860.
Proceedings of a general court Martial, for the trial of major-general Lee. July, 1778. Cooperstown, 1823.
Vie de Charles Lee, pages 227-229, pour la lettre de Joseph Reed.
Vie de Washington, par Irving, II, 284. Sparks, vol. V, passim.

Note 94:[ (retour) ]M. de Loménie, dans Beaumarchais et son temps, a blâmé le peuple des Etats-Unis et leur gouvernement pour leur ingratitude et leur injustice envers Beaumarchais. Il n'appartient pas à cette petite monographie d'entrer dans une discussion à ce sujet, dont M. de Loménie dit qu'il a une parfaite connaissance. Mais pour montrer combien Beaumarchais Rendait désagréables, depuis le commencement, ses relations avec le Congrès, je donne ici l'extrait suivant des Mémoires (du comte de Moré) Pontgibaud:
«Le gouvernement français se décida alors à reconnaître l'indépendance des Etats-Unis et à envoyer M. Gérard pour ministre auprès du Congrès. Il était temps, car l'on était très-peu satisfait des secours que la France faisait parvenir par l'intermédiaire du sieur Caron de Beaumarchais. La correspondance de cet homme choquait universellement par son ton de légèreté qui ressemblait à l'insolence. J'ai conservé la copie d'une de ces lettres.
Messieurs, je crois devoir vous annoncer que le vaisseau l'Amphitrite, du port de 400 tonneaux, partira au premier bon vent pour le premier port des États-Unis qu'il pourra atteindre. La cargaison de ce vaisseau qui vous est destiné consiste en 4,000 fusils, 80 barils de poudre, 8,000 paires de souliers, 3,000 couvertures de laine; plus quelques officiers de génie et d'artillerie, item un baron allemand, jadis un aide de camp du prince Henri de Prusse; je crois que vous pourrez en faire un général et suis votre serviteur,
«C. DE BEAUMARCHAIS.»
Le Congrès fut indigné de cette manière d'écrire, et nous eûmes tous connaissance de cette impertinente lettre, moins impertinente encore que ne le fut toute la vie de l'homme qui l'écrivit.
L'officier allemand dont il parlait si cavalièrement était le baron de Steuben, grand tacticien, qui arriva accompagné du chevalier de Ternant, officier très-distingué; il y avait peu de Français encore à cette époque.»
L'ouvrage de M. de Loménie a été critiqué et réfuté sur une autre phase de la vie de Beaumarchais par M. Paul Huot: Beaumarchais en Allemagne, Paris, 1869. Un autre jugement assez sévère sur Beaumarchais a été exprimé par un de ses compatriotes dans la Revue rétrospective,. Paris, 15 mars 1870, p. 168.—Voir aussi Notices biographiques et Silas Deane en France, p. 73.

Note 95:[ (retour) ] J'ai consacré une notice détaillée à chacun de ces hommes et à un grand nombre d'autres moins connus, dans les Notices biographiques.

Le Congrès, rassuré sur le sort de Philadelphie, était rentré dans cette ville le 27 février 1777, après la bataille de Trenton. L'arrivée des volontaires européens apportait plutôt aux Américains un secours moral qu'une aide effective. Ils étaient de beaucoup inférieurs en nombre à leurs adversaires; mais l'habileté des chefs et l'opiniâtreté des soldats suppléèrent à cette infériorité numérique.

Dès le mois de juin 1777, on apprit que sir William Howe, parti de New-York, se dirigeait avec seize mille hommes sur les côtes de la Pensylvanie. Il débarqua ses troupes dans le Maryland, et Washington s'avança au-devant de lui avec onze mille hommes. Les deux armées ne tardèrent pas à se rencontrer sur les bords de la Brandywine, et le 11 septembre elles se livrèrent un combat dans lequel les généraux américains furent battus en détail. Le comte Pulaski s'y distingua, et La Fayette, qui marchait encore en simple volontaire à la tête d'une brigade, eut la cuisse traversée d'une balle, ce qui ne l'empêcha pas de continuer la lutte, de tenter de rallier les fuyards et de quitter l'un des derniers le champ de bataille. Sir William Howe entra à Philadelphie et le Congrès se transporta à Lancastre.