Note 87:[ (retour) ] Le docteur Dubourg s'était abouché avec Silas Deane, qui lui avait été adressé par Franklin. Il espérait sans doute se faire donner une subvention pour la fourniture secrète des armes et des munitions aux Américains; peut-être même reçut-il cette subvention, puisqu'il expédia en Amérique quelques chargements et qu'il envoya quelques négociateurs au Congrès. Mais il vit d'un très-mauvais oeil que le gouvernement français eût donné à Beaumarchais la préférence des fournitures secrètes aux colons insurgés. Il en écrivit à M. de Vergennes en blâmant le ministre de son choix (Voir de Loménie, Beaumarchais et son temps.)
Barbue-Dubourg, qui était un agent zélé du parti américain, écrit en même temps qu'il a engagé, avec promesse du grade de capitaine dans l'armée américaine, et moyennant quelques avances d'argent, le sieur Favely, officier de fortune et ancien lieutenant d'infanterie. Au sieur Davin, ancien sergent-major très-distingué, il n'a promis que le payement du passage par mer. Il a engagé en outre M. de Bois-Bertrand, jeune homme plein d'honneur, de courage et de zèle, qui en France a un brevet de lieutenant-colonel, mais qui ne demande rien.
Je n'ai pas rencontré autre part les noms de ces officiers. Mais je vois dans une autre correspondance que M. de Bois-Bertrand partit en juillet 1776, en emmenant à ses frais deux bas officiers d'une grande bravoure. Barbue-Dubourg lui avait fait espérer le grade de colonel.
Les milices américaines manquaient d'ingénieurs. Ce fut encore Barbue-Dubourg qui se chargea d'en procurer. Dans sa lettre du 10 juin 1776, déjà citée, il s'exprime ainsi à ce sujet. «J'ai arrêté deux ingénieurs: l'un, M. Potter de Baldivia, tout jeune mais très-instruit, fils d'un chevalier de Saint-Louis qui était ingénieur attaché au duc d'Orléans; l'autre, Gille de Lomont [88] , jeune homme d'un mérite peu commun quoiqu'il n'ait encore été employé qu'à la paix; mais on ne peut pas en décider d'autres.»
Note 88:[ (retour) ] Notices biogr.
«J'ai parlé à M. de Gribeauval, lieutenant général des armées du roi et directeur de l'artillerie, qui croit qu'il faut vous en envoyer trois dont, l'un en chef, qui serait M. Du Coudray [89] , officier très-distingué et très-jalousé, qui a servi en Corse, et dont les connaissances en chimie pourraient être très-utiles.»
Les seuls ingénieurs qui furent envoyés en Amérique avec une mission secrète du gouvernement français furent de Gouvion, Du Portail, La Radière et Launoy. Ils furent engagés par Franklin, alors à Paris, qui avait été chargé par le Congrès de cette négociation; mais ils n'arrivèrent en Amérique qu'après La Fayette, le 29 juillet 1777 [90] .
Le plus ancien des officiers volontaires sur lequel j'aie des données positives est M. de Kermovan. Le 24 mars 1776 [91] , M. Barbue-Dubourg écrit de Paris au docteur Franklin, à Philadelphie: «Je pense très-sérieusement que le chevalier de Kermovan est un des meilleurs hommes que votre pays puisse acquérir. Il a déjà embrassé ses sentiments, et il ne demande rien avant d'avoir fait ses preuves; mais il a l'ambition d'obtenir un rang quand son zèle et ses talents seront éprouvés. Il est disposé à s'exposer à tous les dangers comme simple volontaire aussi bien que s'il avait le commandement en chef. Il me paraît bien instruit dans l'art militaire.»
Note 89:[ (retour) ] Ce Tronson du Coudray dont il est question ici obtint en effet la permission d'aller en Amérique comme volontaire, et partit avec une troupe d'officiers français pour rejoindre l'armée de Washington. Ils étaient sur le premier bâtiment frété par Beaumarchais, parti du Havre en janvier 1777. Le 17 septembre 1777 il traversait le Schuylkill sur un bateau plat, lorsque le cheval trop fringant qu'il montait se mit à reculer et précipita son cavalier dans le fleuve, où il se noya. Son aide de camp, Roger, tenta de le sauver. Du Coudray fut enterré aux frais des Etats-Unis. Il était très-mécontent des procédés de Beaumarchais envers lui. Silas Deane en France, p. 33.
La Fayette (Mémoires, page 19) dit que Du Coudray partit avec lui. Du Coudray vint en Amérique avant La Fayette, en janvier 1777, sur l'Amphitrite, premier bâtiment frété par M. de Beaumarchais pour les Américains, selon M. de Loménie. Silas Deane laisse en doute par quelle voie Du Coudray partit, p. 35. Voir aussi Notices biographiques.
Note 90:[ (retour) ] Notices biographiques.