Note 130:[ (retour) ] L'escadre aux ordres du capitaine Cornwallis était composée des cinq vaisseaux: l'Hector et le Sultan de 74 canons, le Lion et le Rubis de 64, le Bristol de 30 et la frégate le Niger de 32. (Dumas.)

Note 131:[ (retour) ] Ces paroles, qui traduisaient le mécontentement du brave marin, étaient un de ces actes d'insubordination qu'on laissait passer inaperçus et auxquels les officiers supérieurs prenaient peu garde à cette époque. J'aurai encore l'occasion de citer plusieurs exemples semblables. V. p. 8, Mercure de Grasse.

M. de Ternay suivait scrupuleusement dans sa conduite les instructions qu'il avait reçues. Il ne perdait pas de vue sa mission, qui consistait à amener aux Etats-Unis le corps expéditionnaire le plus vite et le plus sûrement possible [132] . Cependant, quand il apprit plus tard que ces vaisseaux anglais allaient rejoindre aux îles du Vent la flotte de Rodney et lui donner ainsi la supériorité sur celle de M. Guichen pour toute la campagne, il en ressentit un si profond chagrin que sa mort, paraît-il, en fut hâtée [133] .

Note 132:[ (retour) ] Pendant la traversée, les vaisseaux et les frégates étaient obligés chaque jour de mettre en panne pour attendre les bâtiments de transport. Le 25 mai, la gabarre l'Isle-de-France dut remorquer le transport Baron d'Arras. (Blanchard.)

Note 133:[ (retour) ] D'Estaing eut à essuyer le même reproche en plusieurs circonstances. Sa conduite aurait dû au contraire tourner à sa gloire. (Voir sur ce sujet et sur la réhabilitation de d'Estaing, Histoire impartiale de la dernière guerre, par J. de Saint-Vallier.)
Pour ne pas avoir agi avec la même prudence et pour avoir préféré la vaine gloire de soutenir une lutte sans utilité à celle de sauver un immense convoi dont il avait la garde, M. de Guichen, parti de Brest le 10 décembre 1781 avec dix-neuf vaisseaux de guerre, se laissa enlever en vue des côtes d'Afrique par l'amiral anglais Kempenfeld, une grande partie des bâtiments de transports qu'il avait pour mission d'escorter et de protéger. Mais ce n'est pas là un fait isolé. A cette époque, l'escorte des navires était devenue pour les officiers de la marine royale une chose secondaire, une fonction indigne de leur rang et de leurs titres.
Dès 1781, l'abbé Raynal, dans son ouvrage intitulé: Des Révolutions en Amérique, publié à Londres, réclamait contre ce préjugé trop puissant parmi les commandants des flottes françaises.
«Officiers de marine, dit-il, vous vous croyez avilis de protéger, d'escorter le commerce! Mais si le commerce n'a plus de protecteurs, que deviendront les richesses de l'État, dont vous demandez sans doute une part pour récompense de vos services? Quoi, avilis en vous rendant utiles à vos concitoyens! Votre poste est sur les mers comme celui des magistrats sur les tribunaux, celui de l'officier et du soldat de terre dans les camps, celui du monarque même sur le trône, où il ne domine de plus haut que pour voir de plus loin et embrasser d'un coup d'oeil tous ceux qui ont besoin de sa protection et de sa défense. Apprenez que la gloire de conserver vaut encore mieux que celle de détruire. Dans l'antique Rome, on aimait aussi la gloire, cependant on y préférait l'honneur d'avoir sauvé un seul citoyen à l'honneur d'avoir égorgé une foule d'ennemis....
«Les maximes consacrées a Portsmouth étaient bien opposées. On y sentait, on y respectait la dignité du commerce. On s'y faisait un devoir comme un honneur de le défendre, et les événements décidèrent laquelle des deux marines militaires avait des idées plus justes de ses fonctions.»

Le 21, la Surveillante prit un gros bateau anglais chargé de bois, venant de Savannah.

Un sondage exécuté le 4 juillet indiqua qu'on était sur les côtes de la Virginie. A dix heures du matin le Duc de Bourgogne, l'Amazone et la Surveillante prirent un gros bateau armé, qui ne se rendit qu'après avoir reçu quelques coups de canon. D'après les papiers de ce bâtiment, on sut qu'après la prise de Charleston, l'amiral Arbuthnot et le général Clinton étaient rentrés à New-York. Ils avaient laissé cinq mille hommes dans la première ville, sous les ordres de lord Cornwallis. Le soir même, au moment où l'on se disposait à mouiller devant le cap Henry, on aperçut à l'avant une flotte dans laquelle on ne comptait pas moins de dix-huit voiles. On jugea que le bâtiment pris n'était qu'une mouche chargée de surveiller l'approche des Français, et l'on présuma que c'étaient les six vaisseaux déjà combattus le 20 juin qui s'étaient ralliés aux forces de Graves et d'Arbuthnot. M. de Ternay s'appliqua en conséquence à éviter leur attaque. Il vira de bord, fit quelques fausses routes pendant la nuit, et se dirigea ensuite de nouveau vers le nord-ouest.

M. de Ternay venait encore de perdre une belle occasion de donner à l'expédition de brillants débuts. Les dix-huit voiles signalées devant la baie de Chesapeak n'étaient en effet qu'un convoi venant de Charleston à New-York, sous l'escorte de quelques frégates. Sa méprise lui attira de nouveaux reproches, plus durs peut-être que les premiers, et auxquels il pouvait répondre par les mêmes excuses.

Des pilotes de l'île de Marthas-Vinyard, des bancs de Nantucket, dirigèrent le convoi vers le mouillage de Rhode-Island, où l'on atterra, sous la conduite du colonel Elliot envoyé par le général américain, après quatre jours de brumes épaisses et d'alternatives de calmes et de vents contraires.

Le lendemain, après soixante-dix jours de traversée, la flotte entrait dans la rade de Newport [134] .