Trois compagnies de Deux-Ponts furent détachées à James Town sous les ordres d'un capitaine, et l'artillerie de siège fut placée à West-Point, en Virginie, sous le commandement d'un officier de cette arme.
De cette position intermédiaire entre l'armée du Nord et celle du Sud, M. de Rochambeau était en mesure de porter du secours aux provinces qui seraient le plus menacées par l'ennemi. Mais le coup décisif était frappé, puisqu'il ne restait plus aux Anglais que la ville de New-York et les places de Savannah et de Charleston.
Pendant que La Fayette accourait à marches forcées pour se joindre à l'armée de Green, celui-ci, craignant que le renfort arrivé à Charleston et celui de quatre mille hommes qu'on y attendait d'Irlande ne missent les Anglais en état de reprendre l'offensive, sollicita vivement de M. de Rochambeau de lui envoyer un fort détachement de troupes françaises. Mais le général français, estimant que le général Green se laissait influencer par les faux bruits que l'ennemi faisait répandre, ne changea rien à ses dispositions. Il laissa son infanterie dans ses quartiers d'hiver et se borna à étendre ceux de la légion de Lauzun, commandée par M. de Choisy, jusqu'aux frontières de la Caroline du Nord. Il chargea cependant l'adjudant général Dumas de pousser des reconnaissances bien au delà et de préparer des ouvertures de marche dans le cas où des circonstances qu'il ne prévoyait pas exigeraient qu'il fît avancer une partie de son armée. Dumas resta occupé de ces fonctions pendant tout l'hiver, ne revenant à Williamsbourg que rarement, pour rendre compte au général de ses opérations et pour soigner son ami Charles de Lameth, toujours très-souffrant de ses blessures, et qui retourna en France aussitôt qu'il fut en état de supporter la mer.
La Fayette partit aussi de Boston pour la France, sur l'Alliance, le 23 décembre 1781. Il arriva en vingt-trois jours dans sa patrie, où il se consacra encore au service de la cause des Américains, en y employant la faveur dont il jouissait à la cour et les sympathies que sa conduite lui avait acquises dans l'opinion publique.
XXV
Il y eut ainsi comme un armistice sur le continent pendant cet hiver. On apprenait pourtant par des frégates venues de France [220] que l'on y préparait un grand convoi et des renforts pour les Antilles, afin de mettre le comte de Grasse en état de soutenir la lutte contre la flotte anglaise, sous les ordres de l'amiral Rodney. Déjà dans la seconde moitié de janvier on avait appris la prise de Saint-Eustache et de Saint-Christophe par M. de Bouillé, et celle de l'île Minorque par M. de Crillon. Mais les faveurs de la fortune allaient avoir un terme fatal pour M. de Grasse. Le grand convoi parti de France sous l'escorte de M. de Guichen fut dispersé par la tempête. Les Anglais réunirent toutes leurs forces navales aux îles du Vent, et le comte de Grasse, malgré l'infériorité de sa flotte, se hasarda de mettre à la voile pour convoyer les troupes de M. de Bouillé qui devaient se réunir, à Saint-Domingue, à celles que commandait le général espagnol don Galvez. L'amiral Rodney, manoeuvrant pour couper la flotte française de son convoi, ne put atteindre que le vaisseau le Zélé, le plus mauvais marcheur de l'arrière garde. Le comte de Grasse voulut le sauver et engagea son avant-garde sous le commandement de M. de Vaudreuil. Les Français eurent l'avantage dans ce premier combat, livré le 9 avril 1782. L'amiral Rodney les suivit, et, ayant gagné le vent, engagea le 12 une action générale dont le résultat fut désastreux pour la flotte française. Le vaisseau amiral la Ville de Paris et six autres furent désemparés et pris après la plus glorieuse résistance. M. de Grasse n'obtint sa liberté qu'à la paix. Le pont de son vaisseau avait été complètement rasé par les boulets ennemis, et l'amiral avec deux officiers restaient seuls debout et sans blessure quand il se rendit [221].
Note 220:[ (retour) ] Le 7 janvier 1782, arriva dans la baie de Chesapeak une frégate française, la Sibylle, portant deux millions pour l'armée.
Note 221:[ (retour) ] V. Not. biog. de Grasse
L'amiral Rodney ne put garder aucun des quatre vaisseaux dont il s'était emparé, parce qu'ils étaient trop endommagés.
En outre, le César prit feu et périt avec environ quatre cents Anglais qui en avaient pris possession.