Note 232:[ (retour) ] Voir la deuxième partie de cet ouvrage.

Parmi les principaux officiers récompensés, le baron de Vioménil fut fait lieutenant général. MM. de La Fayette, de Choisy, de Béville, le comte de Custine, de Rostaing, d'Autichamp, furent faits maréchaux de camp. MM. d'Aboville, Desandroins, de La Valette, de l'Estrade, du Portail, du Muy de Saint-Mesme et le marquis de Deux-Ponts furent faits brigadiers. Tous les colonels en second eurent des régiments; le vicomte de Rochambeau en particulier fut fait chevalier de Saint-Louis et obtint d'abord le régiment de Saintonge, puis celui de Royal-Auvergne, dont son père avait aussi été colonel.

La prise d'York-Town fut décisive pour la cause de l'indépendance américaine. Les Anglais, qui occupaient encore New-York, Savannah et Charleston, se tinrent sur la défensive.

Sur d'autres points, le duc de Crillon prenait Minorque. Le bailli de Suffren, envoyé aux Indes orientales pour sauver les colonies hollandaises, gagnait sur les Anglais quatre batailles navales, de février à septembre 1782.

Dans les Antilles, les Anglais ne conservaient d'autre île importante que la Jamaïque. De Grasse voulut la leur enlever, comme je l'ai dit. Mais attaqué près des Saintes par des forces supérieures commandées par Rodney, il fut battu et fait prisonnier le 12 avril 1782.

La défense de Gibraltar fut un dernier succès pour les Anglais. Un frère de Louis XVI, le comte d'Artois, s'y était porté avec 20,000 hommes et 40 vaisseaux. 200 canons du côté de la terre et 10 batteries flottantes ouvrirent le 13 septembre un feu terrible contre la citadelle, admirablement défendue par sa redoutable position et par le courage du gouverneur Elliot. La place allait être obligée de céder lorsqu'un boulet rouge fit sauter l'une des batteries flottantes. L'incendie gagna les batteries voisines et les Espagnols détruisirent les autres pour ne pas les laisser aux ennemis. Gibraltar resta aux Anglais.

Cependant la dette de l'Angleterre était considérablement accrue. Lord North dut quitter la direction des affaires pour céder la place à un ministère whig qui demanda la paix au cabinet de Versailles. La France, qui n'était pas moins épuisée, accepta ces propositions. Les préliminaires furent arrêtés à Paris, le 30 novembre 1782, entre les plénipotentiaires des puissances belligérantes, au nombre desquels étaient pour les États-Unis Franklin, John Adams, John Jay, et Henry Laurens. Le traité définitif fut signé le 3 février 1783.

Cette nouvelle fut rapidement portée en Amérique. Le 11 mars 1783, de Lauzun partit de Wilmington pour ramener dans leur patrie les derniers soldats français. Ainsi l'indépendance des États-Unis était fondée, et le monde comptait une grande nation de plus.

XXX

La France, en aidant l'Amérique à secouer le joug de l'Angleterre, avait fait un acte de haute politique. Mais ce qu'il y eut de plus remarquable à l'époque où elle intervint dans la guerre, c'est que, à la cour comme à la ville, chez les grands comme chez les bourgeois, parmi les militaires comme parmi les financiers, tout le monde fixait une sympathique attention sur la cause des Américains insurgés. C'était une singulière époque que celle qui présentait de pareils contrastes dans les opinions, dans les goûts et dans les moeurs. On voyait alors des abbés écrire des contes licencieux, des prélats briguer des ministères, des officiers s'occuper de philosophie et de littérature. On parlait de morale dans les boudoirs, de démocratie chez les nobles, d'indépendance dans les camps. La cour applaudissait les maximes républicaines du Brutus de Voltaire, et le monarque absolu qui y régnait embrassait enfin la cause d'un peuple révolté contre son roi. Ce désordre dans les idées et dans les moeurs, cette désorganisation sociale, étaient les signes précurseurs d'une transformation à laquelle les Américains devaient donner une impulsion vigoureuse.