[12] En français dans le texte.
[13] Traduction Chateaubriand.
[14] Le passage se trouve dans la deuxième partie (acte III) de Henry VI ; il est remarquable à un double point de vue : d’abord, pour sa judicieuse fidélité à la nature, comme si la description ne s’en trouvait là qu’en vue d’un effet poétique, et, en second lieu, pour la valeur juridique qu’il contient, présenté, comme il l’est ici, en tant que confirmation muette, au point de vue du droit, de l’effroyable rumeur qui s’était élevée tout à coup, à savoir qu’une perfidie atroce s’en était prise à un grand prince revêtu d’un rôle officiel dans l’État. Le duc de Gloucester, gardien fidèle et oncle bien-aimé d’un roi simple et imbécile, a été trouvé mort dans son lit. Comment interpréter cet événement ? Est-il mort par l’effet naturel d’une visitation de la Providence, ou par un acte violent de ses ennemis ? Les deux factions opposées de la cour trouvent dans les indices du même fait de quoi l’interpréter différemment. Le jeune roi, affectueux et affligé, que sa situation enchaîne dans la neutralité, ne peut néanmoins déguiser son écrasant soupçon d’une conspiration infernale dans les ténèbres. Alors, un meneur de la faction adverse s’efforce de porter atteinte à la force de la parole trop franche du roi, appuyée et reprise en écho d’une manière très impressionnante par Lord Warwick. « What instance, demande-t-il, et il veut dire par le mot instance non pas exemple ni illustration, comme l’ont supposé constamment des commentateurs sans réflexion, mais, dans le sens classique ordinaire, quelle instantia, quel argument de poids, quelle justification immédiate, peut avancer Lord Warwick pour soutenir son « redoutable serment » ? son serment, que, aussi sûrement qu’il aspire à la vie éternelle, aussi sûrement
« Je crois que des mains violentes ont attenté à la vie de ce duc trois fois fameux ».
En apparence, le défi s’adresse à Warwick, mais réellement il a en vue le roi. La réponse de Warwick, l’argument sur lequel il se base, consiste en un solennel tableau de tous les changements opérés dans les traits du duc par la mort, changements qu’on ne peut concilier avec aucune autre hypothèse que celle d’une mort violente. Quel argument, que Gloucester soit mort par des mains d’assassin ? Eh bien, le déroulement suivant des changements terribles, affectant la tête, le visage, les narines, les yeux, les mains, etc… et qui ne proviennent pas indifféremment de tous les genres de mort, mais exclusivement d’une mort par violence :
Mais, voyez, son visage est noir et gonflé de sang ;
Ses prunelles, plus saillantes que quand il vivait,
Ont le regard fixe et sinistre d’un homme étranglé ;
Ses cheveux sont dressés, ses narines dilatées par la convulsion ;
Ses mains toutes tendues comme celles de quelqu’un qui s’est débattu