Mais lorsque le peuple « les vit emmenés sous une garde, embarqués sur la rivière et conduits vers la tour, toute son affection pour la liberté, tout son zèle pour la religion, éclatèrent à la fois, et de toutes parts on le vit courir en foule à ce spectacle attendrissant. Les rives de la Tamise furent couvertes de spectateurs prosternés qui demandaient la bénédiction de leurs pasteurs, et qui imploraient la protection du ciel dans le danger dont leur religion et leur patrie étaient menacées. Les soldats, saisis de la contagion du même esprit, se jetèrent à genoux devant leurs prélats, et implorèrent la bénédiction des criminels dont on leur avait confié la garde. Quelques anglicans des plus zélés entrèrent dans l’eau, pour recevoir de plus près les bénédictions que ces illustres captifs distribuaient autour d’eux !… etc. » (David Hume, Hist. d’Angleterre.)
On peut juger si, après l’acquittement unanime des évêques, la joie fut grande : même dans le camp de Hounslow, où le roi en personne se trouvait, les soldats donnèrent les plus éclatantes marques d’une joie tumultueuse, sans se soucier de sa présence.
[61] Révolte de l’Islam, (Laon and Cythna) chant XII.
[62] Un furlong, mesure valant exactement : mètres 201,16437.
[63] En français, dans le texte.
[64] En publiant « de l’Assassinat considéré comme un des Beaux-Arts », je me suis cru obligé de revenir sur Williams, le redoutable assassin de Londres, de la génération précédente, non seulement parce que les amateurs ont tant insisté sur ses mérites d’artiste suprême aussi bien pour la grandeur du dessein que pour l’ampleur du style, non-seulement parce que, mis à part l’intérêt momentané qu’y attache mon ouvrage, l’homme en lui-même méritait un souvenir pour son audace incomparable combinée avec une telle subtilité de serpent et aussi l’amabilité insinuante de ses façons ; — mais encore parce que, outre l’homme, les œuvres de l’homme (les deux, surtout qui firent une si grande impression sur la nation en 1812) furent par elles-mêmes les plus impressionnantes dont on se souvienne. Southey en exprimait bien la supériorité, lorsqu’il m’a dit qu’elles prenaient place au nombre des rares événements domestiques qui, pour la profondeur et l’étendue de l’horreur, s’étaient haussés à la dignité d’un intérêt national. Je dois ajouter que cet intérêt était accrû par le mystère qui enveloppait ces assassinats : mystère touchant plusieurs points, mais spécialement en ce qui concernait une question importante : l’assassin avait-il des complices ?[65] Il y a donc de nombreux motifs tant dans le caractère infernal de l’homme que dans le mystère qui l’environne, pour justifier ce post-scriptum à l’écrit original. De plus, après un laps de quarante-deux années, l’homme et ses actes se sont effacés de la connaissance de la génération présente. Néanmoins, je sens que ma relation est beaucoup trop prolixe. Je l’ai senti au moment même où je l’écrivais, mais il m’a été impossible d’y rien corriger, tant je pouvais peu exercer de contrôle sur les agitations affligeantes et l’impatience insurmontable de ma maladie nerveuse. (Note de De Quincey.)
[65] D’après excédent des probabilités, les amateurs sont définitivement tombés d’accord que Williams a dû commettre, tout seul, ces atrocités. Cependant, au nombre des présomptions qui rendent plausible l’opinion contraire, se trouve celle-ci : quelques heures après le dernier assassinat, un homme fut arrêté à Barnet (le premier relais sur une des routes du Nord), porteur d’une certaine quantité d’argenterie. Il refusa avec fermeté de dire comment il se l’était procurée et où il allait. Il lut avec empressement dans les journaux quotidiens qu’on lui laissa voir les interrogatoires de Williams devant la police, et, le jour même où fut annoncée la fin de Williams, lui aussi se suicidait dans sa cellule. (De Q.)
Chartres. — Imp. Garnier, rue du Grand-Cerf, 15.