TRÈS. L'usage ne permet guère de mettre très devant les participes. Dans ces cas l'on emploie beaucoup, fort, etc., et au lieu de dire cet homme est très-aimé; cette place est très-menacée par l'ennemi, l'on dit, cet homme est fort aimé,—cette place est fort menacée, etc.

On peut cependant se servir de très avec certains participes employés comme adjectifs verbaux: il est très-occupé,—il est très-humilié.

Très ne doit pas être employé dans une proposition négative, Ne dites pas, il n'est pas très-sage;—il n'est pas très-occupé: dites, il n'est pas fort sage,—il n'est pas fort occupé. L'adverbe modifie un verbe, un adjectif et un autre adverbe, mais jamais un substantif. On doit donc éviter les locutions suivantes si communes et si vicieuses: J'ai très-faim:—il a bien soif:—il est parti très-matin:—il fait très-chaud:—j'ai extrêmement froid:—il ne fait pas bien froid. Il faut dite: J'ai une très-grande faim:—il a une bien grande soif:—il est parti de très-grand matin:—il fait grand chaud:—j'ai un très-grand froid:—il ne fait pas un bien grand froid.

TROIS-RIVIÈRES, (en latin Trifluvium) nom composé, est substantif masculin du nombre singulier: il est masculin parceque les noms de ville en général sont masculins, à moins qu'ils ne dérivent d'un féminin latin: et quoiqu'il porte la marque du pluriel, il est au singulier, parce que le nom propre n'étant qu'un nom qui distingue une chose des autres choses, ne peut être susceptible de l'idée accessoire de pluralité.

Trois-Rivières étant un nom propre, ne peut, d'après la règle générale, être accompagné de l'article les. Il est vrai que cette règle souffre quelques exceptions, comme, Le Hâvre, Le Puy, La Rochelle. Il est encore vrai que, jusqu'à ces derniers temps, on a toujours écrit Trois-Rivières avec l'article: mais les écrivains récens, d'accord avec la raison, travaillent à corriger cette vieille erreur indiquée d'ailleurs suffisamment par le terme latin Trifluvium.

Des observations qui précèdent il résulte que l'on doit dire, Je vais à Trois-Rivières:il demeure à Trois-Rivières:—Trois-Rivières est bâti sur le fleuve St. Laurent, et non pas, je vais aux Trois-Rivières:—il demeure aux Trois-Rivières:—les Trois-Rivières sont bâties sur le fleuve St. Laurent.

Trois-Pistoles, Trois-Saumons, noms de paroisses, suivent la même règle.

UN. Lévisac pense que le mot un devant une voyelle, doit être prononcé comme une, et que l'on doit dire une-imbécile,—une hérétique. D'autres grammairiens veulent que l'on prononce un-nimbécile.—un-nhérétique.

UN DE. Au lieu de un de, il faut employer l'un de, quand un est précédé d'un substantif ou d'un pronom, et suivi d'un nombre précis: Ducis l'un des quarante de l'Académie.

Mais on dira avec un de,—Henri IV est un des meilleurs princes, qui aient régné sur la France,—un des quarante de l'Académie est de mon avis; parce que dans la première phrase, un précédé par le substantif Henri, n'est pas suivi d'un nombre: et que dans le second, un suivi par le nombre quarante, n'est pas précédé par un substantif ou un pronom.