Polymnie semble être ici la Muse de la pantomime; son attitude, son doigt sur la bouche, indiquent le silence et la méditation. «Muettes rivales de la voix, les mains de Polymnie retraçaient des images sensibles; silencieuse et prudente, cette mère de la danse expliquait avec ses gestes une figure ingénieuse». Ce passage de Nonnus (Dionys., v. V. 140 et suiv.) et l'opinion de Cassiodore (I. ép. 20) prouvent la justesse de l'intention du peintre. L'inscription (POLYMNIE, LA FABLE) en donne aussi l'explication. Cette fille de la mémoire, qui lui doit particulièrement son nom, selon l'étymologie prise de l'orthographe que nous suivons ici, conserve le souvenir des actions héroïques et de l'histoire des Dieux, et vient les exposer aux hommes, dans son silence éloquent et ingénieux; C'est à ce motif qu'elle a dû, chez les Romains, le surnom de Musa tacita; mais comme la gesticulation faisait partie de l'instruction des orateurs qui doivent accompagner, avec les gestes les plus convenables, le débit de leurs harangues, il est arrivé que, par une espèce de contradiction apparente, la Muse silencieuse est devenue aussi la Muse de l'éloquence et de l'art oratoire.

Une tunique verte et un manteau bleu forment le vêtement de cette Polymnie.

Hauteur, 1 P. 3 p°. 4 lig.—Larg. 11 p°. 2 lig.

PLANCHE VIII.

Uranie, qui tire son nom du ciel, préside à la connaissance des corps célestes, de leurs mouvemens et de leurs influences. Le globe qu'elle tient d'une main et la verge (radius) avec laquelle elle semble l'indiquer, sont des attributs qui se retrouvent dans tous les monumens où cette Muse est représentée. Ces symboles si connus ont sans doute paru suffisans au peintre pour le dispenser de donner une inscription à sa figure. Uranie est vêtue d'une tunique jaune, à manches courtes, et d'un manteau bleu; ses cheveux sont arrangés avec soin; elle porte des bracelets. Comme Clio, elle est assise sur un hémicycle; ce siége, favorable à l'application et à l'étude, ne paraît pas donné sans intention ces deux Muses.

SUJET PRINCIPAL—Hauteur, 11 p°. 2 lig.—Largeur, idem.

PLANCHE IX.

Calliope, la Muse de la poésie héroïque, quoique placée la dernière dans la suite d'Hésiode, paraît mériter la préséance par sa dignité et son excellence sur ses compagnes. Homère et Virgile revendiquent pour elle la première place; c'est elle qu'ils ont invoquée quand ils appellent, le premier la Déesse, le second la Muse, qui doit leur dévoiler les anciens événemens. C'est Calliope qu'Horace fait descendre du ciel quand il va chanter les Dieux; on la reconnaît ici à son attitude pleine de noblesse, au volume qu'elle tient de ses deux mains, à l'inspiration qui règne dans ses traits, au doigt levé qui semble accompagner son récit. L'inscription (CALLIOPE, LE POÈME) précise l'intention du peintre sans la rendre plus claire; la Muse est couronnée du lierre et de ses fruits, couronne ordinaire des poètes. Ses draperies, de la plus grande élégance, répondent à la dignité de son caractère; une longue tunique sans manches lui recouvre les pieds, une seconde descend au-dessous du genou, et son manteau qui retombe sur son bras vient se nouer avec grace vers le milieu du corps. Le rouleau ou volume se trouve quelquefois entre les mains de sa sœur Clio; mais les anciens artistes ont donné le plus souvent pour symbole distinctif, à Calliope, les tablettes cirées ou pugillaria, lorsque ses images ne sont accompagnées d'aucune inscription. M. Visconti a relevé fort ingénieusement le rapport plus particulier que les tablettes cirées ont avec les ouvrages en vers; elles donnent la facilité d'effacer l'écrit, de corriger ou d'améliorer les expressions. Le rouleau de parchemin ou de papyrus est par conséquent plus propre à Clio, qui écrit l'histoire en prose, qu'à Calliope, dont le style épique demande le plus grand soin.