PLANCHE XX.

(P. 29, 30, t. V de l'Edition royale.)

On ne trouve à faire, dans les monumens connus, aucun rapprochement assez exact pour déterminer quel est ce personnage. Le seul rapport qu'on croyait y saisir était avec Architas de Tarente. Cette dénomination n'était appuyée que sur l'ajustement de la coiffure, qui paraissait ressembler à celle d'une tête que l'on voyait sur une médaille attribuée par Fulvius Ursinus à ce philosophe. Il a été prouvé postérieurement, que la tête représentée sur la médaille ne pouvait pas être le portrait d'Architas: d'ailleurs, nous observerons, en adoptant l'opinion de M. Visconti, que la coiffure en question, ou cette espèce de turban, ne se voit ordinairement que sur les têtes d'Esculape. Il a cru pouvoir en inférer que ce buste et le portrait en marbre du Capitole ayant la même coiffure, mais une physionomie bien différente, sont les portraits de quelques médecins célèbres. Ce bonnet leur a été donné comme à des personnes obligées de marcher malgré l'intempérie des saisons, et aux heures de la nuit, ayant, d'ailleurs, particulièrement soin de leur santé; par cette même raison, Galien a le bonnet sur la tête dans un médaillon de Commode, du cabinet impérial.

Hauteur, 1 pied 10 p°.

PLANCHE XXI.

(P. 31, 32, t. V de l'Edition royale.)

Le caractère sombre, farouche et méprisant de cette tête, est à-peu-près la seule autorité qui puisse la faire attribuer à Héraclite; cette expression, plutôt qu'une ressemblance marquée dans les traits, est le seul rapport que ce bronze ait avec les figures antiques que l'on croit, et non sans beaucoup d'incertitude, celles de ce personnage. Trouvé dans les fouilles de Résine, en 1723, dans un même lieu avec le buste de la planche suivante, qui lui servait de pendant, et qu'on a dit être un Démocrite, on peut encore déduire de cette opposition quelque vraisemblance, pour faire de celui-ci un Héraclite. Ce philosophe, fils de Blison d'Ephèse, florissait vers la 69e olympiade, et mourut d'hydropisie à l'âge de 60 ans (Laërce, X, 1 et 3). Il affecta d'écrire avec obscurité; ce qui lui fit donner le nom de Scoteinos, obscur, auquel Lucrèce (I, 640) fait allusion par ce jeu de mots, Clarus ob obscuram linguam. Son système se réduisait établir le feu pour principe de tout. Laërce le peint comme un homme altier, dédaigneux, atrabilaire «portant par-tout des yeux inquiets, prêt fuir à la moindre trace des pas humains»; une dureté inflexible semble avoir fait le fond de son caractère. Il jugeait tous ses compatriotes dignes de mort, pour avoir exilé Hermodore, son ami: on sait avec quel mépris il rejeta les prières des Ephésiens, qui lui demandaient des lois. Comment concilier une telle misanthropie avec ces sentimens de pitié et de compassion, partant d'une âme généreuse, qui l'auraient fait pleurer sur les folies des hommes! On ne doit voir, dans cette opinion, qu'une métaphore adoptée par le vulgaire, dont Lucien et Juvénal se sont emparés, comme d'une arme tranchante du ridicule; qu'une erreur déjà reçue par les peintres du temps de Sidonius Apollinaris, qui rapporte (l. IX, p. 9) qu'on peignait Héraclite les yeux fermés, à cause de ses pleurs continuels. Plutarque regarde ce récit comme une fable, et Bayle en démontre l'invraisemblance.

Hauteur, 2 pieds 9 lig.