En commençant la série des bustes, nous avons exposé les images de plusieurs personnages illustres dans les lettres et dans la philosophie, que des inscriptions ou des autorités nous ont fait reconnaître avec plus de certitude que nous n'en apporterons dans l'explication des figures qui en forment la suite; celles-ci peuvent généralement être attribuées à des personnages recommandables par leurs vertus guerrières, par leur rang ou par leur fortune. Le bronze que nous avons sous les yeux, comparé avec une tête en marbre noir, expliquée par Fabri (n°. 49) peut, comme ce monument, représenter Scipion l'Africain l'ancien (P. Cornelius) qui vainquit Annibal, rendit Carthage tributaire; qui, cité dans sa vieillesse par les tribuns du peuple, refusa de répondre à une accusation dont la honte retombait sur ses concitoyens, et vint mourir à Liternum, près de Cumes, aujourd'hui Patria. Fabri n'a pas laissé connaître les motifs qui l'avaient déterminé à croire que la tête en question était le portrait de ce grand homme. Le seul motif de l'avoir trouvée à Liternum, où, selon le témoignage de Tite-Live (XXXVIII, 56) on voyait le monument de Scipion avec sa statue, n'avait pas paru suffisant aux académiciens d'Herculanum pour leur faire adopter cette dénomination. Ils penchaient, comme a fait depuis Winckelmann, à reconnaître dans les deux antiques, l'Emilien, destructeur de Carthage. M. Carlo Fea, dans ses notes à l'Histoire des Arts de Winckelmann (t. II, p. 365, Paris, 1802) a développé d'une manière judicieuse toutes les raisons qui peuvent dissiper les doutes; et, d'après ses discussions, nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître dans les têtes en question, le portrait certain de Scipion l'Africain l'ancien.
Hauteur, 1 pied 9 pouces.
PLANCHE XXVI.
(P. 41, 42, t. V de l'Edition royale.)
Les traits de ce bronze offrent une grande ressemblance avec les médailles de Sylla et avec quelques autres monumens antiques qu'on rapporte à ce personnage (Tesoro. br. tom. II, p. 168.—Fabri, n°. 50.—Morelli, fam. corn. pl. 4, nº 1 et 2.—Mus. rom. sect. II, pl. 56). Seulement ici on le retrouve plus jeune, différence qui peut rappeler une époque antérieure au consulat auquel il parvint à l'âge de 49 ans. Il s'était déjà rendu célèbre par la guerre contre les alliés, dans laquelle il ruina les mêmes villes où nous avons trouvé tant d'objets précieux, Herculanum, Pompéia et Stabia. Il avait obtenu la couronne civique de gramen, pour avoir défait une nombreuse armée avec la perte d'un seul homme, s'il en faut croire ce trait et plusieurs autres semblables d'un bonheur extraordinaire. Ce bonheur frappa tellement ses contemporains, que Sylla en reçut le nom de Felix; et, certes, on peut regarder comme la preuve d'un bonheur bien rare, que l'inventeur des proscriptions, celui qui fit périr dans les guerres civiles soixante mille citoyens romains, qui fit massacrer froidement, dans Rome, sept mille de ses concitoyens supplians et désarmés, vécût et mourût tranquillement au milieu de tant d'ennemis, après avoir abdiqué l'autorité. «Jamais sa fortune, dit Salluste (Bell. Jug. p. 129) ne fut au-dessus de son habileté, et on a douté s'il fut plus fort ou plus heureux». On remarque bien dans notre bronze l'expression de cette audace et de cette présence d'esprit qui rendirent Sylla victorieux dans toutes ses entreprises, et pour achever de se le figurer, on peut ajouter à ces traits ce qu'en a dit un ancien: «Ses yeux bleus avaient quelque chose de farouche, que la couleur de son visage rendait encore plus terrible; c'était une rougeur âpre comme semée de blanc, ce qui donna lieu à ce mot d'un bouffon d'Athènes: Sylla est une mûre saupoudrée de farine (Plut. in Syll.)».
Hauteur, 1 pied 10 pouces 6 lig.
PLANCHE XXVII.
(P. 43, 44, t. V de l'Edition royale.)