On ne peut donner sur ce bronze qu'une conjecture très-hasardée, en s'attachant à une ressemblance éloignée avec les médailles de M. Emilius Lépidus, l'un des triumvirs (voyez Vaillant, fam. Rom., t. I, fam. Æm. 6.—Morelli, fam. Æm. 2. Fabri, n°. 1). La faveur de César, proclamé dictateur par Lépide, lorsque celui-ci n'était encore que préteur, fut la source de sa fortune. Sans aucun mérite personnel, il fut deux fois consul, triompha sans avoir jamais combattu, se trouva à la tête de plus de vingt légions, incapable de les commander; non-seulement triumvir, mais arbitre de la fortune de ses deux compagnons, il sut si peu faire usage de son pouvoir, qu'il fut dépouillé du commandement par Antoine, qui s'était jeté dans ses bras en suppliant, et réduit ensuite par Octave, qui, seul et désarmé, entra dans son camp et déchira ses drapeaux, à demander qu'il lui laissât seulement la vie. C'est bien à ce personnage qu'on peut appliquer cette épigramme de l'Anthologie: «Non, la fortune n'a point voulu t'élever pour son plaisir, mais seulement pour montrer qu'elle peut tout, puisqu'elle a pu t'élever».
Hauteur, 2 pieds.
PLANCHE XXVIII.
(P. 45, 46, t. V de l'Edition royale.)
Ce beau bronze offre assez de ressemblance avec la figure très-connue d'Auguste, pour faire reconnaître ici cet Empereur (voyez mus. Cap. t. II, pl. 2). Octave, neveu de C. César par sa mère, prit le nom de C. Cæsar Octavianus, après avoir été adopté par son oncle, et, par la suite, celui d'Auguste, qui lui fut décerné par le sénat. Le portrait qu'en donne Suétone (Oct. 79) peut compléter l'idée qu'on s'en forme d'après les monumens. Ses traits, d'une grande beauté, avaient encore une grâce que l'âge n'altéra jamais; son visage était calme et serein, soit qu'il parlât, soit qu'il gardât le silence; il avait les yeux clairs et brillans, les dents rares, petites et cariées, les cheveux légèrement bouclés et tirant sur le roux, les sourcils réunis, les oreilles médiocres; son nez saillant par le haut, fléchissait par le bas. Il avait le teint brun-clair et était petit de stature. L'inscription grecque qu'on lit sur notre bronze (Apollonius, fils d'Archias, Athénien, le fit) nous offre un nom que plusieurs artistes ont rendu célèbre. Les principaux sont Apollonius de Rhodes, qui fit, avec Tauriscus, le groupe fameux, dit vulgairement le taureau Farnèse; l'Athénien, auteur du torse du Belveder, mais fils de Nestor et non d'Archias; et un autre Apollonius, dont on lit le nom sur une gemme du musée Farnèse (Stosch. Pierres gr. pl. 12) représentant une Diane. Si le nôtre n'est pas le même que ce dernier, il mérite au-moins, au jugement des connaisseurs, de prendre place dans cette liste honorable.
On peut remarquer que l'artiste s'est exprimé dans l'inscription au temps parfait fit, et non faisait, ainsi qu'on le voit le plus souvent; on a regardé cette locution comme une preuve de confiance que d'habiles artistes se permettaient rarement, comme s'ils n'osaient point croire leurs ouvrages parfaits ou finis; cependant elle n'est pas si rare qu'on a paru le croire d'après Pline, qui n'en reconnaissait que trois exemples, et il serait facile d'en citer un assez grand nombre.
Hauteur, 1 pied 11 pouces 4 lig.