(P. 51, 52, t. V de l'Edition royale.)
On a trouvé, dans ce buste, quelques traits de ressemblance avec le buste de Caïus Cæsar, fils aîné de M. Agrippa, et de Julie, fille d'Auguste. Ces rapprochemens incertains cèdent à un examen plus exact qui nous fait reconnaître la figure de Drusus, fils unique de Tibère. Les traits de ce jeune prince sont bien assurés par les médailles romaines qui présentent sa tête de profil, et ils se rapportent d'une manière évidente à ceux représentés par notre bronze. Né violent et cruel, il a pu, dans le cours d'une vie peu glorieuse, abrégée par le poison, être jugé plus digne de son père que de son rang. Il s'exposa au mépris du peuple, en prostituant sa dignité dans les danses publiques, dans les spectacles et dans la débauche. Indigné de l'élévation monstrueuse de Séjan, il sut trop peu le ménager, et, s'étant emporté jusqu'à le frapper, il augmenta, par la soif de la vengeance, la fureur du ministre, déjà irrité de rencontrer un tel obstacle à son ambition. Séjan s'associa dans son crime, l'épouse adultère du prince, et Drusus mourut empoisonné. Tibère crut long-temps, ou parut croire que la mort de son fils avait été causée par ses excès; et telle était l'opinion qu'on avait de cette cour infâme, que l'on soupçonna l'empereur d'avoir eu part à un crime si odieux; et si, par la suite, ce soupçon s'évanouit, ce fut moins par l'horreur qu'il devait inspirer, que par la connaissance de la vérité, qui éclata par l'aveu de la femme répudiée de Séjan. Tibère déploya alors une sévérité qui ne parut en lui qu'un prétexte de cruauté. Il voulut cependant épargner Livie, mais en vain; Antonia, la mère de la perfide adultère, la fit mourir de faim.
Hauteur, 2 pieds.
PLANCHE XXXII.
(P. 53, 54, t. V de l'Edition royale.)
COMME on avait penché à voir dans le bronze précédent la figure de Caïus Cæsar, on s'attachait à saisir dans celui-ci les traits de ressemblance qu'il pouvait offrir avec les médailles de Lucius Cæsar, son frère puîné (Noris, p. 86, 92, 164, Patin. Vaill. Morelli). Ce dernier, mort à Marseille à l'âge de 18 ans, partagea avec son frère, qui ne lui survécut que deux ans, les regrets de l'empereur, regrets si vifs, qu'Auguste ne put s'empêcher de les témoigner dans son testament, en instituant Tibère son successeur, bien qu'il appelle ce dernier moitié de lui-même. C'est à cette affection, plutôt qu'au mérite des deux frères, qu'on doit attribuer cette marque insigne d'adulation que leur donna la colonie de Nîmes, en leur dédiant le beau monument, vulgairement nommé la Maison quarrée, qu'on admire encore de nos jours dans cette même ville. On peut voir à ce sujet les savantes dissertations publiées par M. Legrand dans la magnifique édition des Antiquités de la France, sur les dessins de M. Clérisseau, page 64 (Paris, Didot aîné, 1804).
En montrant un Drusus à la place de Caïus, nous avons, en partie, détruit l'analogie qui militait en faveur du présent bronze. L'autorité tirée des médailles est, comme on le voit, très-difficile à appliquer aux monumens que le défaut d'inscriptions rend incertains. Sans ce secours, les médailles mêmes exigent une critique très-sévère et très-approfondie. La diversité des artistes, la différence de leur habileté, l'âge successif des personnages représentés, concourent à multiplier les difficultés, et à augmenter l'incertitude. Au-lieu d'un personnage romain, M. Visconti ne serait pas éloigné de reconnaître dans cette antique une tête d'Hercule jeune.
Hauteur, 1 P. 8 p°. 3 lignes.