Le premier de ces quatre bustes appartient Jupiter. On reconnaît le père et le maître des Dieux, à son épaisse chevelure, à sa barbe touffue, au diadême qu'il porte, et mieux encore à ce visage majestueux, conforme à l'idée qu'en ont laissée les poètes et les anciens artistes. Ce bronze ressemble au fameux buste du capitole, et nous ferons remarquer ici, d'après l'observation du savant éditeur de ce Musée (Mus. cap. t. II), quel soin, quelle exactitude apportaient les anciens, non-seulement à retracer les véritables images des hommes illustres, mais encore à conserver dans les têtes de leurs Dieux et des héros, une ressemblance souvent idéale, mais consacrée par la description des poètes, ou par les premières images que l'art avait produites. Il y avait, dans cette attention, un certain principe de religion qui conserva long-temps ce sentiment du vrai beau, d'où l'esprit de l'homme, après l'avoir trouvé, ne tend que trop, par l'effet de son inconstance naturelle, à s'écarter; on connaît ce passage d'Homère (Il. a. v. 528): «Le fils de Saturne abaissa ses noirs sourcils, les cheveux vénérables du roi s'agitèrent sur sa tête immortelle, et il fit trembler le vaste olympe». C'est d'après cette description, a remarqué un ancien, qu'Euphranor forma, avec son pinceau, l'image de Jupiter, et que Phidias la jeta en bronze. «Nous connaissons la face des Dieux, dit Cicéron (de N. D. I. 30), comme l'ont voulu les peintres et les modeleurs, et non-seulement leur visage, mais encore leurs ornemens, leur âge, leurs vêtemens; ainsi l'on peut dire que Jupiter est barbu, qu'Apollon est imberbe, que Minerve a les yeux bleus, et Neptune, verdâtres». Des idées ainsi consacrées s'établissent, avec le temps, comme la vérité même.
Le second buste est celui de Junon, qu'on reconnaît à sa couronne radiée, et au voile qui couvre sa poitrine.
Dans le troisième, on voit un Hercule, distingué par la couronne de peuplier, attachée avec une bandelette ou diadême, sorte de consécration, et dont les traits se rapportent aux portraits connus.
Dans le quatrième, est figurée une Diane, dont les cheveux tressés sans ornement étranger, viennent former sur sa tête deux crochets allusifs au croissant; elle porte le carquois et une peau de chèvre ou l'égide.
FIG. supérieure.—Hauteur, environ 3 p°. 4 lig.
FIG. inférieure.—Hauteur, environ 4 p°.
PLANCHE VIII.
(P. 3 et 4, t. V de l'Edition royale.)
Il serait difficile de fixer le caractère de ce premier buste; c'est un fragment d'une statue entière. La coiffe et le diadême peuvent désigner une Junon, une Vesta ou une Diane. Le buste casqué représente le dieu Mars sans barbe, comme ce Dieu est représenté le plus souvent. Le troisième buste représente un suivant de Bacchus, couronné de feuilles de lierre et de corymbes; sa barbe épaisse, la nébride qu'il porte en écharpe, et son âge, qui est celui de la vigueur, indiquent un Faune ou Satyre d'un âge mûr: les Grecs les appelaient du nom commun de Silènes. La figure du quatrième buste est moins équivoque; elle appartient à Silène, le nourricier de Bacchus; le front chauve, l'enfoncement du front à la naissance du nez, l'enchâssement exhorbitant de la prunelle, sa barbe descendant en touffes régulières et longues, tous ces traits sont dans le caractère; la bandelette lui convient aussi, comme prêtre et ministre de Bacchus: tel était le Silène que Bacchus enfant lutinait dans ses jeux. Le Dieu arrache, en badinant, les poils qui hérissent la poitrine de Silène, ou lui pince ses oreilles pointues; il lui claque sa tête chauve et son court menton, et de son pouce délicat lui presse ses narines de singe (Nemesianus, Ecl. III, 31).