PLANCHE IX.

(P. 5 et 6, t. V de l'Edition royale.)

Au premier coup-d'œil, on croirait reconnaître un Faune dans ce buste; mais, avec un peu d'attention, on remarquera que, dans cette nature mixte, tout ce gui n'appartient point à la nature humaine a un rapport évident avec les formes d'un taureau, et nullement avec celles d'un chevreau ou d'un bouc. Une expression divine, quoique féroce, répandue sur cette figure, et tous les traits qui la caractérisent, doivent s'appliquer à Bacchus lui-même. Mais alors c'est Bacchus Sabazius, le fils de Jupiter et de Proserpine, proprement dit Zagreus, ce Bacchus tué par les Titans, et qui cependant reparut depuis sous différentes formes. Ce n'est plus ce Bacchus dont la beauté est celle d'une tendre Vierge; c'est celui dont Athénée a conservé le portrait (II, 1, p. 35) «adolescent, indompté, ayant l'aspect d'un taureau; jeune et non jeune». Euripide voulant représenter Bacchus courroucé, le fait aussi paraître avec la figure d'un taureau; c'est le caractère qu'on peut saisir dans le regard, dans les lèvres épaisses, dans les traits ramassés, dans la touffe de poil naissante sur le front et dans l'oreille extraordinaire de la figure. Les cornes et le serpent appartiennent particulièrement à ce Dieu, qui semble offrir le symbole d'une ivresse immodérée et furieuse.

Les formes grasses et potelées, les cheveux longs du second buste, semblent désigner une femme; le caractère de la figure appartient à l'espèce des Faunes; la couronne de lierre avec les corymbes la classe évidemment parmi les suivans de Bacchus; la grenade qu'elle porte à la main rend ce bronze rare et précieux. Quoique ce fruit soit compté au nombre des objets contenus dans la ciste mystique, il n'a point encore été remarqué sur aucun des monumens relatifs aux mystères. Suivant un ancien Mythe, la grenade naquit du sang de Bacchus Zagréus, mis en pièces par les Titans, et il était défendu d'en manger les fruits dans les fêtes de Cérès.

CHAQUE BUSTE.—Hauteur, 7 p°. 9 lig.

PLANCHE X.

(P. 7, t. V de l'Edition royale.)

L'expression riante et animée de cette figure, et ses attributs, appartiennent clairement à Bacchus; ses cheveux touffus sont tressés avec des branches de lierre garnies de corymbes, et un large diadême dont les bandes retombant par devant, semblent en faire partie; le bras resserré dans l'une de ces bandes, peut être l'emblême de l'enchaînement des forces par l'ivresse. Mais ce que cette figure a plus de remarquable, ce sont les aîles qu'on lui voit très-rarement. «Les Amycléens, dit Pausanias (III, 19) adoraient spécialement Bacchus, auquel ils donnaient, autant qu'il me semble, le surnom de Psylas; les Doriens appellent les aîles de ce nom Psylas, le vin soulève les hommes et rend l'esprit léger, comme les aîles portent les oiseaux». Ce passage qu'on a cité en faveur de ce bronze, donne plutôt l'explication du sens moral que peuvent offrir à l'esprit les aîles ajoutées à Bacchus, comme symboles, qu'il ne prouve que le Dieu ait été adoré sous la forme aîlée; nous remarquerons seulement que ces figures aîlées doivent, en général, être plutôt considérées comme les génies des Dieux, que comme les divinités mêmes. Parmi les génies de Bacchus, l'ancienne Mythologie a fait une mention distinguée d'Acratus: son nom signifie Merum, ou le vin sans mélange d'eau; c'est le génie de l'ivresse.