Cette autre statue colossale, érigée en l'honneur de l'empereur Claude, est d'un excellent travail, et fut trouvée avec celle d'Auguste dans le même lieu. Auguste est représenté comme une divinité, et Claude comme un héros; c'est ce qui paraît par la nudité totale du corps et le sceptre ou bâton de lance (hasta pura) sur laquelle il s'appuie. Le bâton de lance était originairement un prix décerné à la valeur par les généraux romains (Polybe VI, 37); il devint ensuite un signe d'honneur: on remarque ce signe sur les médailles qu'Auguste fit frapper en l'honneur de ses petits-fils, Lucius et Caïus Cæsar, princes de la jeunesse. Le bâton de lance et la nudité distinguaient les statues héroïques auxquelles les jeunes gens des gymnases servaient de modèles, et qu'on nommait du nom d'Achille, achilleæ (Plin. XXXIV, 5.) L'empereur porte au doigt annulaire une bague avec le signe du lituus, comme dans le premier bronze. L'inscription qu'on a trouvée sur une lame de bronze qui revêtissait la base sur laquelle la statue était posée, confirme les rapprochemens que l'on peut faire de la tête avec les traits connus de Claude. Voici l'inscription telle qu'elle est figurée sur la base, avec les lettres suppléées pour en donner le sens parfait:

TIberio. CLAVDIO. DRVSI. Filio. CAISARI. AVGVSTo.

GERMANICO. PONTIFici. MAXimo. TRibunitia. PotesTate.

VIII. ImPeratori XVI. COnsuli IIII. PatRi. PATRIæ. ceNSori.

EX TESTAMENTO.... mESSI. Lucii Filii Marci Nepotis

SENECÆ. MILITis. COHORtis. XIII. VRBANÆ ET

DEDICATioNI. EIVS. LEGAVIT MVNICIPIBus SINGVLIS.

HS. IIII. Nummos.

On voit par-là que ce bronze a été érigé en vertu du testament d'un certain Messius, soldat de la treizième cohorte de la garde de Rome (urbanæ), lequel avait légué pour la dédicace de la statue quatre sesterces (environ 16 sous de notre monnaie) par tête de chacun de ses concitoyens. Ce legs de quatre sesterces par tête était la libéralité assez ordinairement en usage pour la dédicace des statues, comme l'attestent plusieurs inscriptions; elle contribuait aux frais d'un repas public, ou servait à des largesses qui en tenaient lieu sous le nom de sportulæ: l'inscription, en énumérant les dignités de l'empereur, détermine aussi l'époque du monument qu'on peut rapporter à la 6e année de son règne, l'an 802 de Rome, et 49 de l'ère vulgaire.

Hauteur, 8 P. 6 p°.