PLANCHE XLV.
(P. 79, t. VI de l'Édition royale.)
En s'attachant à la ressemblance qu'offre la tête de cette belle statue avec les images connues de Néron-Claudius-Drusus, on y reconnaîtra, avec quelque certitude, cet illustre personnage représenté en habit de sacrificateur. L'usage des Romains était de se couvrir la tête dans les sacrifices, sans doute pour se recueillir en présence de la divinité, et pour ne pas entendre des mots qui pouvaient être de mauvais augure, malè ominata verba. Comme ils allaient tête nue quand ils étaient vêtus de la toge, ils se servaient d'un pan même de la robe pour se couvrir; cette remarque est confirmée par les médailles, et quelques monumens: l'un des plus beaux que nous puissions citer, est la statue en marbre du sacrificateur, au musée Napoléon, salle des Romains. L'anneau que porte Drusus a pour signe le bâton augural (lituus) et confirme le caractère sous lequel nous envisageons cette statue, et la dignité d'augure dans la personne du prince. Aucun écrivain ne fait mention de cette dignité, et nous n'en connaissons aucun monument. Drusus, fils de Tibère-Claude-Néron et de Livie, était né trois mois après le mariage de Livie avec Auguste, qui avait forcé son mari à la répudier. Auguste ne se prévalut point du don que lui faisait la fortune, suivant le proverbe qui se répandit à cette occasion: «Aux hommes heureux, il vient des fils après trois mois». Le fils de Livie fut renvoyé à Néron. Drusus reçut de ses victoires sur les Germains le nom de Germanicus, qui, par le décret du sénat, devint le nom propre de son fils aîné; il couvrit de gloire une courte vie. Sa beauté personnelle, l'aménité de ses mœurs, lui gagnaient tous les cœurs. Juste envers lui-même et envers les autres, il sut se faire et se conserver des amis (Vell. Pater. II, 97), et laissa une mémoire aussi recommandable par ses vertus privées, que par ses vertus guerrières.
Les draperies sont traitées avec un art admirable. Trouvé dans les fouilles de Résine, en 1741.
Hauteur, 8 P. 10 pouces.
PLANCHE XLVI.
(P. 80, t. VI de l'Édition royale).
Ce bronze offre quelque ressemblance avec les médailles d'Antonia, fille de Marc-Antoine, nièce d'Auguste par sa sœur Octavie, et femme de Néron-Drusus, princesse vertueuse et digne de son illustre époux; elle fut mère de Germanicus, de l'empereur Claude et de Liville, femme du second Drusus, qu'elle força à mourir de faim pour avoir empoisonné son époux. Elle-même, dans sa vieillesse, fut forcée par son petit-fils Caligula, à périr de ce genre de mort, suivant Dion, et par le poison, suivant Suétone. Si les traits de ce bronze n'appartiennent pas à cette princesse, il paraît du-moins par une inscription détachée, trouvée dans les fouilles de Résine, qu'elle eut une statue à Herculanum. La coiffure est celle que lui donnent les médailles. Une main étendue, l'autre à demi-fermée, elle devait porter quelques attributs comme une divinité. Nous avons vu que ces honneurs étaient souvent accordés aux empereurs, aux impératrices et aux princes et princesses de leur sang. Sur quelques médailles, on voit Antonia sous la figure de Cérès, couronnée d'épis; sur d'autres, on voit Faustine tenant une pomme, avec la légende à Venus-Augusta: c'est encore ainsi qu'on croit reconnaître Julie, fille d'Auguste, dans la Cérès du musée Napoléon. L'anneau dont nous donnons la figure à part, sur la même planche, porte un chaton où l'on remarque un creux: cette gravure offre la figure d'un pavot; ce qui peut faire conjecturer que les attributs de Cérès distinguaient cette statue d'Antonia, à-moins que le creux n'indique la place d'une pierre précieuse, incrustée jadis dans le chaton.