Titus, qui était dans la première année de son règne, signala dans cette occasion toute sa bienfaisance. Sans doute il ne resta point au-dessous de la munificence de Vespasien son père, prince entaché d'avarice. Aussi voyons-nous qu'il envoya des personnages consulaires dans la Campanie, pour réparer le désastre de cette province; qu'il fit répandre des secours puissans, et qu'il abandonna, au profit des malheureux, les biens dévolus au fisc par déshérence en cette même occasion. Quelque fût alors l'effet de ces secours, il fallut renoncer, comme il est bien prouvé, au plus grand nombre des habitations obstruées ou encombrées par la lave, par les cendres et par toutes les matières volcaniques. Ainsi, en faisant les fouilles modernes, on a pénétré dans des lieux qui ont été fermés à la lumière depuis cette fatale époque. Il est à remarquer que c'est dans ces mêmes lieux que furent trouvés des objets dont on a assigné, sans grand fondement, l'existence un âge moins reculé. Telle est, par exemple, la belle statue de Nonius Balbus; elle est accompagnée d'une inscription dont on a rapporté les caractères au siècle d'Adrien; mais le temps de cette inscription et de plusieurs autres semblables, n'est point prouvé postérieur à Titus, et la forme des caractères n'a rien d'assez décisif pour faire époque dans le court espace de temps qui s'écoule entre le règne de cet empereur et celui d'Adrien.
Stace, qui vivait à Naples du temps de l'éruption, peint dans une épître adressée à Victorius-Marcellus (Sylv. lib. IV, 4), l'état même où plusieurs générations ont vu le site des villes détruites par le Vésuve: «Quand ces déserts se couvriront de verdure ou de moissons nouvelles, les races à venir croiront-elles fouler, sous leurs pieds, des peuples et des villes?»
Credetne virum ventura propago,
Cum segetes iterùm, cum jam hæc deserta virebunt,
Infra urbes populosque premi?
Ces expressions semblent bien annoncer l'abandon total de ces lieux dévastés; mais on oppose le poète à lui-même. Dans une autre épître (liv. III, 5), il invite son épouse à venir jouir d'un aspect plus riant dans la même contrée. «La cîme du Vésuve, lui dit-il, la tempête de feu de la montagne furieuse n'a point tari la population des villes tremblantes; elles sont debout, habitées et florissantes».
Non adeò Vesuvinus apex et flammea diri
Montis Hyems trepidas exhausit civibus urbes:
Stant populisque vigent.
Si pourtant, d'après ces paroles consolantes, on se figure les villes détruites, se relevant du milieu de leurs débris; si on les voit pleines de citoyens qui jouissent tranquillement de la beauté du climat, ne donne-t-on pas un sens forcé aux expressions du poète? Parle-t-il d'ailleurs des villes mêmes d'Herculanum et de Pompéia? Il s'adresse à une épouse qui, dans sa frayeur, pouvait se représenter le Vésuve, comme inondant d'un fleuve de feu toutes les villes voisines; il la rassure, et lui promet un séjour agréable et tranquille près de cette montagne redoutée à Naples même, «asyle des doux loisirs et d'une paix inaltérable». Il ne manquait point non plus d'habitations délicieuses, situées autour du Vésuve, et qui n'étaient point exposées à ses ravages. Le poète en nomme plusieurs; ce sont là les villes qu'il faut entendre quand il dit qu'elles sont florissantes, malgré la tempête de feu; toutes en étaient assez éloignées pour n'avoir pas à craindre le sort d'Herculanum et de Pompéia.