Il nous est donc impossible de nous représenter ces villes recouvrant leur ancienne splendeur, ou même reprenant une existence un peu remarquable. La circonstance la plus décisive contre l'opinion contraire, observe M. Visconti, est qu'aucun des nombreux monumens, déterrés dans ces ruines, ne porte des marques probables du temps postérieur à Titus. Un grand nombre porte des preuves d'un temps antérieur; on pourrait même ajouter qu'il n'existe pas de monument qui ne soit probablement antérieur à Néron, ou tout au plus de son temps. Cependant ces mêmes lieux ont pu être habités par de pauvres gens. La lampe chrétienne, que nous avons expliquée (PL. XXIII de ce Volume), en est le témoin presque unique. M. Dutheil cite, avec M. Ignarra, la table ou carte, dite de Peutinger, monument géographique qu'on croit postérieur au règne de Constantin. On y voit figurer les noms d'Herculanum et de Pompéia; mais, sous ces noms célèbres qui n'ont pu s'éteindre avec les anciennes villes, il ne peut être question que de petites bourgades, qui en ont pris la place. En suivant les mêmes auteurs dans leurs calculs, on voit disparaître toute population connue par les anciens noms, en l'an 471. «Sous cette année, le comte Marcellin fait mention d'une épouvantable éruption qui couvrit de cendres toute la face de l'Europe: ce sont ses termes; il ajoute qu'à Constantinople, on faisait annuellement commémoration de cet événement (hujus metuendi Cineris), le VIIIe des Ides de novembre. Cette éruption du volcan, arrivée en 471 (continue M. Dutheil en citant M. Ignarra), dût être la plus funeste de toutes; elle changea totalement la conformation du Vésuve. Anciennement, ce mont s'élevait, pour ainsi dire, à pic, n'ayant qu'un seul sommet, où on ne pouvait gravir que d'un côté et fort difficilement. Sa cîme offrait une espèce de plate-forme, presque par-tout unie, comme Strabon nous le dit (page 257). Dion-Cassius nous apprend que les flammes sortaient du milieu de la cîme, et que les flancs au-dehors de la montagne, représentaient, en quelque sorte, un vaste amphithéâtre. Aujourd'hui il ne reste de ce cône qu'une petite portion regardant le nord, et séparée du cratère actuel».
Cette dissertation est terminée par les conjectures de M. Ignarra sur les portiques d'Hercule, dont il est fait mention dans le roman satyrique, attribué Petronius Arbiter. Il ne faut point chercher le lieu ainsi désigné, ailleurs que dans l'emplacement de l'antique Herculanum. Les portiques du théâtre, élevés de plusieurs étages, suivant les règles de l'architecture, ont pu rester debout long-temps après la ruine de l'édifice. Fréquentés et demeurant seuls connus, on ne parla plus que des portiques; quand les portiques disparurent, leur nom survécut même à leur souvenir: de nos jours, il sert à désigner le même lieu, Portici.
«M. Ignarra va plus loin, il soupçonne que dans le quinzième siècle, il pouvait rester quelques vestiges de ces portiques; il le conjecture d'après un passage de Sannazar. Ce poète, dans une de ses églogues, introduit le pêcheur Thelgon, assis sur le penchant de la colline, appelée Mergellina, en face du cratère de la montagne, et s'exprimant ainsi:
Rupe sub hâc mecum sedit Galatea: videbam
Et Capreas, et quœ sirenum nomina servant/p>
Rura procul: veteres aliâ de parte ruinas
Herculis ambustâ signabat ab arce Vesevus.
Par ces mots veteres ruinas Herculis, le poète ne saurait guère avoir voulu désigner que les ruines des portiques d'Herculanum, déjà renversés de son temps, mais encore visibles.»
En admettant cette conjecture assez plausible, nous voyons des signes extérieurs indiquer le tombeau d'Herculanum, presque jusqu'au siècle où cette ville antique fut découverte.
On avait très-anciennement fait des recherches dans son sein; mais il paraît que le souvenir s'en était entièrement perdu. Les traces manifestes de ces fouilles se rencontrèrent avec les travaux de la découverte. Ce sont, dit Winckelmann, des conduits souterrains travaillés et creusés avec peine, et qui indiquent si clairement leur objet, qu'ils ne peuvent laisser de doutes sur leur destination. Le célèbre antiquaire rapporte une inscription qui semble désigner ces anciennes recherches; nous l'a copions d'après lui: